Hypnagone – Qu’il Passe

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Si vous appréciez Gojira et Klone et que êtes un peu chauvin, difficile de passer à côté du premier album du jeune groupe français Hypnagone.

Le quatuor metal progressif n’a pas froid aux yeux. Il mélange growl, atmosphères floydiennes, influences jazzy, chant clair, cinématique space rock et metal. De fait, l’album intitulé Qu’il Passe, séduira forcément un prog head pendant au moins quelques minutes, quitte à l’effrayer un peu à d’autres moments. Et des moments, il va y en avoir beaucoup pendant plus d’une heure et onze morceaux. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’album n’a rien de monotone. Cela va en effet du très planant ‘Moss’ au ‘White Fields’ écartelé.

Voilà plus d’une année que j’attendais la sortie de Qu’il Passe, après avoir découvert leur single ‘Shibboleth’ sur Youtube. Si ce premier titre m’avait emballé, j’avoue qu’il m’a fallu pas mal de temps ensuite pour apprivoiser l’album.

Parce que voilà, Hypnagone se vautre parfois dans le metal extrême et le growl est tout particulièrement goret, limite s’il ne déchire pas les tympans comme dans ‘White Fields’. ‘Spannungsbogen’ est également pas mal dans son genre question gueulante mais il est à classer à part, tant son écriture est juste géniale, limite expérimentale avec même des passages de chant clair.

Il y a également ‘Dross’, truc assez barré, metal jazz cinématique growlé, que l’on aurait tendance à rejeter au premier contact et qui s’avère au final incroyablement complexe et perturbant. Mais comme le titre précédent, il est génial.

Heureusement pour vous, les titres extrêmes alternent avec des choses nettement plus mélodiques qui atténuent pas mal la violence de la musique comme dans ‘The Step Inward’ qui succède au terrifiant et génial ‘Spannungsbogen’.

Plusieurs pièces flirtent avec les huit minutes, des longs formats très progressifs qui laissent du temps à la musique de prendre sa pleine mesure. L’album est encadré par deux instrumentaux façon post-rock, ‘Arrival’ et ‘Light Bulb’, une habile manière d’entrer en matière et d’en ressortir en douceur.  A tel point que l’on se demande, à la fin de ‘Light Bulb’, pour quelle raison on se retrouve avec des ecchymoses aux oreilles. Du coup, on repart pour un tour, et arrivé à ‘Spannungsbogen’, on se souvient.

N’oublions pas le troisième instrumental ‘Elegy’ qui fait suite à l’éprouvant ‘White Fields’. Une pièce de moins de trois minutes sur des enregistrements audio en français. Pas mal de morceaux jouent de compromis. Le chant clair et le growl se partagent équitablement le temps de parole comme dans le titre ‘The Step Inward’ et cela rend l’écoute nettement plus facile pour un prog head.

Mais surprise, au milieu de l’album pousse un arbre, un titre jazzy à souhait, sorte de parenthèse au milieu de cette tempête de métal où brille un sublime solo de guitare d’anthologie signé Eric Hurpeau.

Il y du pour et du contre sur ce premier album du groupe Hypnagone. Le growl phagocyte un peu trop la partition pour l’ancien baba cool que je fus et si je n’ai rien contre les cris, ici je suis moyennement fan du timbre. Après, il y a des compositions éblouissantes comme ‘Shibboleth’, ‘Spannungsbogen’, ‘Dross’ ou ‘L’arbre’, alors si le growl ne vous fait pas peur, allez y jeter une oreille attentive il est sur Bandcamp

Le mot de Cambronne

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La nouvelle série Star Wars était à peine sortie que toute la presse s’en emparait. 

Andor est un préquel au film Rogue One, vous savez, celui où tout le monde meurt à la fin. La série raconte comment Cassian Andor se retrouve embrigadé dans la rébellion.

On y découvre Cassian à plusieurs époques : dans une tribu d’enfants sur une planète abandonnée de la république, adulte, fuyant la justice pour un double homicide qu’il a bien commis, errant sur une planète brumeuse pour attaquer une base de l’Empire et enfin enfermé dans les geôles de l’Empire.

Les enfants survivalistes qui se battent armés de sarbacanes contre des blasters, cela me tape particulièrement sur le système et le rythme embrumé de la série n’arrange pas grand chose à l’affaire. L’interminable échange entre un sergent fanatisé et son supérieur zélé est tout simplement pathétique et lourdingue. Bizarrement, si les paysages dans la brume ça va un temps, enfermée entre quatre murs blancs, l’action semble enfin décoller.

Les médias ne se sont pas vraiment intéressés à l’intrigue mais font une fixette sur une interjection prononcée par un personnage lors du troisième épisode.

Oui, parce que, pour la première fois dans toute l’histoire de Star Wars, un ‘merde’ aurait été prononcé. Je ne l’ai même pas remarqué… Mais, étant donné qu’il y a pas grand chose à raconter sur Andor, je vous le livre cette incroyable information en pâture.

Et puis il y aurait le premier coupe lesbien crédible de l’histoire Disney. Bon, si vous le dites… quel couple au juste ?

Andor est une série lente, brumeuse, blanche et ennuyeuse ou un seul personnage crève vraiment l’écran, celui de Luthen Rael joué par le suédois Stellan Skarsgard qui, vers la fin de la série, lache une magnifique réplique sur l’engagement. Dommage qu’il n’ait qu’un rôle secondaire dans l’histoire car l’acteur principal, Diego Luna, dans le rôle de Cassian ne convainc pas vraiment, disons pas plus que dans Rogue One.

Du coup, un peu frustré par cette nouvelle série Star Wars, je me suis refais avec bonheur les deux saisons de The Mandalorian et j’ai continué avec Obiwan Kenobi. Il faut bien occuper les longues soirées brumeuses d’automne enfermé entre quatre murs.

Superluminal

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Il y avait bien longtemps que je n’avais lu un Vonda McIntyre. Cette réédition chez Mnémos m’a fait de l’œil chez le libraire et je ne regrette pas ce magnifique voyage à des vitesses supérieures à la lumière.

Superluminal parle principalement de trois personnages, Laena, une terrienne qui vient d’être opérée pour devenir pilote, Radu, un jeune homme venant d’une planète terraformée et Orka, une humaine transformée génétiquement en plongeuse. 

Le roman parle d’amour impossible, de voyage supraluminique, des dimensions de l’univers, de la frontière invisible entre les rampants et les pilotes, de l’exploration, d’un univers utopique à la Ursula le Guin, des sacrifices pour atteindre ses rêves.

Un livre profondément humain, beau, inquiétant parfois, qui esquisse une théorie du voyage spatial sans l’expliquer vraiment, qui décrit une société très différente de la notre ou l’homme a presque aboli les frontières des espèces, de l’espace et du temps. 

Un livre paru en 1983 et qui n’a pas pris une seul ride et qui propose en bonus une interview de l’auteure réalisée en 2019.

Kite Parade – The Way Home

Derrière le nom Kite Parade se cache le guitariste et chanteur Andy Foster inconnu jusqu’au jour où Pete Jones en a fait la promotion lors d’un Bandcamp friday. Je serai certainement passé à côté de l’album The Way Home sans le message de Pete et cela aurait été vraiment dommage. Donc merci Pete.

Kite Parade donne dans la pop rock progressive à la manière de It Bites ou de The Urbane si vous connaissez. Des titres qui ne prennent pas la tête et qui rappellent certains titres de John Mitchell ou de Lifesigns.

Chant, basse et guitares sont à l’honneur avec de temps en temps du saxophone et des claviers, tous joués par Andy. Pour la batterie, c’est Nick D’Virgilio et Joe Crabtree qui s’y collent.

Un projet solo furieusement accrocheur.

Les sept titres de l’album vont du très long ‘Stranded’ et son quasi quart d’heure au plus raisonnable ‘Going Under’ qui atteint presque les quatre minutes trente tout de même.

Le prog élitiste ne trouvera probablement pas son content dans The Way Home. L’album ressemble en effet à pas mal d’autres formations, ne cherchant pas la démonstration et s’acoquinant souvent avec la pop. C’est justement ce qui fait son charme, une évidente fraîcheur qui cache pourtant des formes progressives assez élaborées.

La voix d’Andy comme son jeu à la guitare contribuent beaucoup au plaisir de cet album. Un chant médium clair qui possède un peu le phrasé de John Mitchell mais avec un timbre plus agréable.  Sa technique de guitare très variée à l’acoustique comme à l’électrique complète d’agréables mélodies. Les claviers sont plus plan plan, souvent neo-prog eighties inspirés de Tony Banks ou John Beck sorti de ‘Sufer No Longer’ qui nous livre du piano et de l’orgue.

‘Stranded’ juxtapose  cinématique, blues, jazz et neo-prog, rappelant un peu Gary Moore ou Kino. Un titre à tiroirs d’une quinzaine de minutes qui tient merveilleusement bien la route, prouvant si besoin était que Andy est très à l’aise avec la forme longue. ‘Strip The Walls’ et ‘Going Under’, au milieu de morceaux pop rock progressifs, imposent un ton plus musclé. Le premier ‘Ship The Walls’ est tout particulièrement rock par rapport au reste du disque. 

The Way Home est une très belle découverte. Un album qui pourrait toucher un large public et pas uniquement la sphère vieillissante des progueux à condition de se faire connaître un peu plus. Pour ma part il rentre dans ma petite liste des albums de l’année.

Slow Horses

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C’est à l’Etable que croupissent les agents du MI5 qui ont merdé. Les autres profitent des confortables locaux du Parc, de vraies mission et d’une hiérarchie solide.

A l’étable, les bureaux sont miteux, le boss crade, exécrable et alcoolique, et surtout, il n’y a rien à faire.

Jusqu’au jour où un jeune musulman est kidnappé par un groupuscule d’extrême-droite, les Fils d’Albion, qui menacent de le décapiter.

A cause du zèle d’un jeune agent fraîchement parqué avec les bœufs, l’Étable se trouve embarquée dans une affaire d’état qui très vite les dépasse.

La première saison de Slow Horse, en six épisodes, mélange action, humour grinçant et espionnage avec brio. Les personnages parmi lesquels deux acteurs tiennent le haut du pavé, Kristin Scott Thomas et Gary Oldman, rendent crédible cette aventure très british  et improbable.

La série est très éloignée des clichés de James Bond et plus proche du gaguesque OSS 117 ou de San Antonio (notez mes références culturelles au passage). Des agents sans gadgets, patauds mais pour certains pleins de bonne volonté qui se retrouvent mêlés à une affaire qui les dépasse complètement.

Si le premier épisode bourré d’action à deux cent kilomètres heures donne l’impression de plonger dans un blockbuster hollywoodien, la suite oscille entre farce et espionnage glauque.

La saison une est fabuleuse et j’espère que la suivante tiendra ses promesses.

Mystery Chez Paulette

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Si j’ai manqué les concert de Petter Carlsen et celui d’Altesia à Pagney-derrière-Barine, je ne pouvais faire l’impasse sur celui des québécois de Mystery

Le brouillard ne donnait pourtant pas envie de prendre la route mais comme mes indicateurs biologiques étaient au vert, je suis parti me perdre sur les petites route de Meurte-et-Moselle.

Mystery est une formation de rock progressif menée par le fabuleux guitariste Michel Saint-Père et le chanteur charismatique Jean Pageau. Un groupe qui a débuté sur des fondations néo-progressives et qui sur les deux derniers albums vire plus au prog symphonique. 

Ce sont des habitués de Chez Paulette où ils se produisent régulièrement et à chaque fois pour leur unique date française. La dernière fois qu’ils sont passés, c’était en 2018 et je n’étais pas au top de ma forme pour apprécier leur prestation à sa juste mesure.

Comme d’habitude, un concert chez Paulette est l’occasion de retrouvailles avec de vieux amis, les organisateurs de la soirée et des amateurs de rock progressif. Autrefois je discutais avec une poignée de lecteurs du magazine Neoprog, aujourd’hui c’est avec ceux qui suivent les Chroniques en Images. Des retours sympathiques et encourageants qui donnent envie de poursuivre l’aventure.

Je suis venu avec un seul appareil photo, le Nikon Z6 II que je redécouvre en ce moment. J’ai pris deux cailloux, le 24-70 et le 70-200 tous deux ouverts à 2.8 constant et au final je n’utiliserai exclusivement que la longue focale. Des photos plaisir sans contrainte qui me permettent également de profiter pleinement de la musique.

Mystery arrive vers 20h30 dans une salle bien remplie mais pas comble. Il y a toutefois beaucoup plus de monde que pour Petter Carlsen et Tanyc. 

Le groupe va jouer plus de trois heures avec un petit break en milieu de soirée, une sacré performance surtout en fin de tournée européenne.

Outre les grands classiques de leur répertoire comme ‘Delusion Rain’, ils nous jouent un nouveau titre de leur prochain album ‘Behind the Mirror’ qui devrait être dans les bacs en avril 2023.

La bonne humeur est au rendez-vous, les ‘cousins’ ne manquent pas d’humour quand le bassiste explique pourquoi il est assis pour jouer et que le batteur explique à son tour pourquoi lui aussi est sur un tabouret. Jean Pageau chante comme toujours au diapason même s’il a plus de mal avec sa flûte traversière et les soli de guitares sont à tomber par terre.

Ils terminent leur set par deux titres assez rocks dans l’esprit de Rush (ne me demandez pas lesquels) avant de rejoindre les fans dans la salle pour discuter avec eux et signer des autographes. Moi je repars avec un vinyle, la réédition de l’album Beneath The Veil Of Winter’s Face datant de 2007. Autant en profiter lorsque l’on connait les frais de port et de douane lorsque l’on achète quelque chose au Canada.

Mystery a promis de revenir prochainement Chez Paulette, peut-être pour la promotion de leur prochain album qui sait ? En attendant l’association ArpegiA nous prépare pour 2023 un concert de RPWL et également, une grosse grosse surprise, mais ils n’ont pas voulu me dire qui, ça n’est pas encore signé.

Grima – Frostbitten

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Parmi les albums dont je ne devrais sans doute pas parler ici, il y a Frostbitten du groupe Grima. Pour quelles raisons ?

Tout d’abord, ils sont russes, et par les temps qui courent, les russes, bof quoi. Ensuite l’album s’appelle la morsure du froid, et même si l’hiver approche, cela fait un bail que je ne l’ai pas sentie cette morsure. Enfin parce que c’est Stéphane Gallay qui a acheté cet album sur Bandcamp, et rien que pour ça, il vaut mieux se méfier.

Grima est un duo de doom black metal au growl clair qui donne également dans l’atmosphérique et le folk. Déjà, le growl c’est difficile à comprendre, mais écrit avec des caractères cyrilliques, là c’est mort. Tout ce que je peux vous dire, c’est que Frostbitten parle de magie et de créatures gardiennes de la nature.

Le metal de Grima possède un côté post-rock cinématique luciférien très mélodique débordant de double pédale et de growl. Si quelques mots dans la phrase précédente semblent se contredire, leurs compositions, elles, sont très cohérentes.

L’album sept titres dure près de cinquante minutes avec deux pistes frisant les dix minutes, ‘Gloom Heart of the Coldest Land’ et ‘Winter Morning Tower’. Guitare mandoline, double pédale trépidante, accordéon et growl démoniaque, limite vomito, peuplent ce metal déchirant et mystique qui devrait effrayer plus d’une ménagère.

D’ailleurs, j’avoue que Grima ne fait pas l’unanimité à la maison. Le chat fuit du salon quand je l’écoute, ma femme me demande de couper cette horreur, mes enfants (oui ils sont encore à la maison) me regardent de façon étrange et les voisins me détestent, mais ça, ce n’est pas nouveau. Il faut dire que lorsque je l’ai écouté la première fois, je passais une semaine vraiment difficile et les seules musiques qui me faisaient du bien, étaient quelque peu extrêmes.

Frostbitten joue de grandiloquence, du mysticisme enfoui dans les tréfonds de notre âme, des terreurs anciennes tapies dans notre cortex reptilien, usant d’un folk démoniaque détourné avec des instruments metal. Si ‘Hunger God’ est un peu trop frontal, j’adore ‘Gloomy Heart of the Coldest Land’, ‘Winter Morning Tower’ qui débute à l’accordéon et le délicat instrumental ‘Mana’.

Je ne recommanderai Frostbitten qu’aux métalleux aguerris, majeurs et vaccinés prêts pour de nouvelles expériences. Grima n’en n’est pas à son premier essai puisqu’ils sévissent depuis 2014, alors si vous avez eu comme moi une semaine de merde, vous savez quoi écouter…

Raymond & Ray

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Je ne sais pas si vous avez déjà enterré votre père, mais c’est un moment bien particulier de l’existence. 

Pour ma part, j’ai hélas enterré père, mère, oncle, tante, frères, neveu, amies, alors je suis presque anesthésié.

Pourtant regarder le film Raymon & Ray m’a rendu tout chose. Il faut dire qu’au début de l’année, le jour de mon anniversaire, mon père rendait l’âme à l’hôpital à l’autre bout de la France.

Raymon et Ray sont deux demi frères, les fils d’un homme qui n’aurait jamais du être père. Deux adultes brisés par leur enfance et qui se retrouvent pour les funérailles de celui-ci.

L’un est alcoolique, l’autre ancien drogué, le premier est divorcé, le second veuf, l’un pense avoir raté sa vie, l’autre a renoncé à jouer des cuivres et vit en solitaire. Tous deux vouent une haine à leur géniteur défunt.

Je n’irai pas jusqu’à m’identifier à la souffrance de ces deux personnages de fiction qui ont vécu l’enfer, mais lorsque mon frère et moi avons traversé la France pour enterrer notre père, nous avons partagé sur la route, des épisodes peu glorieux de notre enfance. La thérapie familiale des deux derniers rescapés de l’hécatombe.

Harris, le père de Raymon et Ray était un tyran psychologique pour ses enfants et ses multiples épouses. Même mort, il arrive encore à imposer sa loi en exigeant, dans son testament, que ses deux fils creusent sa sépulture.

Au milieu du cimetière, les deux hommes armés de pelles et d’une pioche (pour les grosses pierres) creusent la tombe de leur père qui attend nu dans son cercueil en pin, couché dans le corbillard. Une longue après-midi de labeur pendant laquelle ils vont aller de surprise en surprises, comme au moment de la découverte de leurs autres demi frères.

Le film est un chemin de croix vers le deuil, peut-être également le pardon et la reconstruction de ces deux hommes brisés.

Le casting est juste fabuleux, Ethan Awke et Ewan McGregor pour les frères, Maribel Verdu en jeune belle mère et Vondie Curtis-Hall en pasteur alcoolique. Le film prend son temps, ne se vautre pas dans les clichés et évite le happy ending guimauve.

Le film m’a touché, plus que je ne saurais l’avouer ici et peut-être pas pour les bonnes raisons. Il a réveillé les souvenirs d’une semaine passée en Bretagne cohabitant avec mon frère dans un deux pièces presque en face de la maison d’enfance de notre défunt père afin de préparer ses obsèques. Les moments passés près du corps avant la mise en bière, les retrouvailles avec des proches, les rires et les tensions de ces jours passés avec un grand frère très différent de moi. Un peu comme dans le film, les retrouvailles difficiles de deux frères si différents à l’occasion du décès de leur géniteur et tortionnaire qu’ils n’ont jamais aimé.

Je ne suis pas certain que tout le monde le regardera avec le même regard que moi, certains n’y verront peut-être une farce dramatique mais, vous l’aurez compris, Raymon & Ray a fait remonter chez moi d’étranges émotions que je supposais effacées.

Le nouveau studio

Il y a une semaine mon fils a enfin signé un bail pour un studio dans notre ville où la crise du logement se fait rage.

Il nous aura fallu près de six mois d’intenses recherches pour lui trouver un logement convenable à prix raisonnable dans le secteur qu’il désirait. Je dis nous car c’est moi qui ai consulté les annonces, contacté les personnes, planifié les rendez-vous, envoyé les documents et présenté l’appartement à mon fils. C’est vrai que son travail ne lui laisse pas trop de temps pour ça et que une fois rentré à la maison il joue sur son PC, imprime des dragons en 3D et peint des figurines en buvant mes bières. Le digne fils de son père en fait.

Les agences ne répondent pas aux messages, les bailleurs, dix minutes après avoir déposé une annonce la supprime, croulant sur les candidatures. Et les rares logements visitables sont des horreurs. Mon fils est un geek smicard aux cheveux longs gras portant des tee-shirts de Marillion percés, de quoi rebuter tout propriétaire un peu facho. Je précise : nous vivons en Alsace hop la !

Toujours est-il que nous avons trouvé la perle rare, un studio neuf, jamais occupé, de 26 m2 carrés avec un balcon de 9 m2 à 370 € hors charges avec frigo, plaques et hotte aspirante. Et le propriétaire a retenu la candidature de notre fils. Miracle !

Du coup, il a fallu aller chez Ikea commander des meubles, démonter ceux de sa chambre, faire des cartons, tout déménager dans le coffre et sur le toit de la voiture puis transporter, déballer et remonter. Trois journées intenses et harassantes.

Mais cette fois, il est installé et notre maison dispose maintenant d’une pièce vide. Le genre de pièce où je pourrais installer mon Mac, le matériel photo et où je pourrais poser à demeure le studio vidéo que je monte et démonte à chaque épisode de Chroniques en Images. Une pièce qui me permettrait également de revenir à l’enregistrement sans écran vert.

Bon, avant ça il faudrait rafraîchir la pièce, une sorte d’aquarium bleu, murs et sol (c’était sa période dauphin).  Au moins la nettoyer car c’est une porcherie (j’ai peur pour le pauvre studio tout neuf). Quand un gamer joue fenêtres fermées dans une pièce au sol recouvert de moquette, ça sent vite la bête surtout si l’animal possède un grand sens de la préservation des ressources en eau.

La moquette est bonne à jeter car entre la peinture de figurines Warhammer, l’impression 3D, les bonbons Haribo et la transpiration, la chose bleue ne sent plus vraiment la rose. La tapisserie bleue est fatiguée et la peinture bleue (si si) s’écaille (de poisson) un peu partout. Bonne nouvelle, le plafond blanc est propre.

Contrairement à mon fils à qui j’ai trouvé l’appartement, procédé aux diverses démarches, déménagé et prodigué moultes conseils, je vais devoir encore bosser pour mériter mon studio. Et si ça se trouve, lorsque j’aurais terminé, tel un fils prodigue ou un Tanguy, il reviendra s’installer à la maison.

Dark Light – In Space And Time

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Bangalore est la capitale de l’état de Kamataka dans le sud de l’Inde. Ce n’est pas moi qui l’affirme, c’est Wikipedia. Bangalore est également le berceau du groupe Dark Light. Une jeune formation de rock progressif indienne dans la veine de Pink Floyd et de Marillion, composée de cinq musiciens.

Je dois cette découverte à Launis (oui encore lui) que je suis sur Twitter. Il faisait il y a quelque temps la promo du clip de ‘Satellite’ et vu que nous partageons pas mal d’intérêts en commun sorti du foot, j’ai écouté le morceau. 

Et comme ‘Satellite’ est une merveille, j’ai voulu écouter tout l’album. Pas de bol, il n’est pas disponible sur Bandcamp alors j’ai dû donner de l’argent à Tim Cook au lieu de soutenir le groupe.

Pour résumer Dark Light en quelques mots, ce sont de très belles guitares avec une voix médium feutrée en anglais qui s’envole parfois dans les aiguës. Du néo-prog très influencé par Marillion, Gilmour et Rothery donc pas franchement révolutionnaire.

Si le groupe vient de Bangalore, il aurait très bien pu sortir d’un quartier londonien. Rien dans leur musique n’indique son origine indienne. Aucune chance qu’ils écrivent un jour une BO pour Bollywood.

Leur premier album In Space And Time, sorti en 2020, ne comporte que quatre pistes pour une grosse demi-heure et ‘Satellite’, son titre phare, dure plus de dix minutes.

Si les claviers ne sont pas d’une folle inventivité, ils sont même un peu cheap parfois comme dans ‘Mountain Boy’, les guitares compensent largement avec des soli magnifiques comme par exemple dans ‘Circles’.

‘Planet Goodbye’ vous plonge immédiatement dans un néo-prog pop à la manière des premiers pas de Hogarth chez Marillion. Ici c’est la basse qui mène la danse avec le chant et le piano. Le solo de batterie ne casse pas des briques mais a le mérite d’exister. ‘Satellite’ chanté très haut, est nettement plus construit avec des sections instrumentales, des reprises, des voix off, des changements de rythme et un solo gilmourien. Une merveille. ‘Circles’ s’ouvre sur un 8instrumental aux tonalités vaguement indiennes avant de donner dans un ‘Sugar Mice’ sur le couplet. Franchement, c’est ici que les guitares se dépassent. On finit avec le ‘bref’ ‘Mountain Boy’ qui parle probablement des racines du chanteur. Le duo claviers batterie rappellera celui de ‘The Space’ mais sans le talent de Mark Kelly.

In Space And Time est assurément un sous Marillion pas franchement original et à la production hasardeuse. N’empêche, j’ai bien aimé. Alors pourquoi pas vous ?