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Leaves of Yesteryear
Green Carnation - Leaves of Yesteryear
Titre : Leaves of Yesteryear
Groupe : Green Carnation
Sortie : 2020
Label : Season of Mist
Format : CD
Genre : Metal progressif

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Titres

  • Leaves of Yesteryear
  • Sentinels
  • My Dark Reflections of Life and Death
  • Hounds
  • Solitude

Formation en 1990

Kjetil Nordhus [chanteur], Terje Vik Schei [guitariste], Bjørn Harstad [guitariste], Stein Roger Sordal [bassiste], Kenneth Silden [clavier], Jonathan Alejandro Perez [batteur]

Formation presque intimidante de par la grande sincérité de ses travaux, la richesse de ses expérimentations ou encore la profondeur des thèmes abordés, Green Carnation jouit en effet d’une aura particulière qui, indéniablement, place le groupe au rang de formation culte. Pourtant leur carrière n’aura pas été facile à suivre, et avec ‘Leaves Of Yesteryear’, on peut presque parler de troisième départ.

Green Carnation

Premier faux départ au début des années quatre-vingt-dix. Le groupe se forme autour des frères Botteri et de Terje Vik Schei, plus connu sous le nom de Tchort, puis rapidement, après une seule démo, se défait. Tchort suit ses instincts et s’en va collaborer avec des formations extrêmes établies ou en passe de le devenir (Emperor, Satyricon …). Trois des autres membres du line-up d’origine fondent In The Woods et publieront quatre albums dont deux marquant fortement les esprits. Amateurs de metal aventureux, expérimental et psychédélique, je vous encourage à poser une oreille sur les très réussis Omnio et Three Times Seven On A Pilgrimage, ce dernier étant par ailleurs bourré de reprises surprenantes (Jefferson Airplane, Pink Floyd, King Crimson). En 1998, Tchort rappelle ses troupes et ressuscite Green Carnation. La carrière du groupe semble alors véritablement lancée, mais celle-ci ne sera finalement que de courte durée puisque dès 2006 le groupe disparaîtra à nouveau des radars. Pendant plusieurs années, les fans se consoleront en se repassant les cinq albums studio du groupe dont notamment Light Of Day, Day Of Darkness composé d’une seule et unique chanson de plus de soixante minutes ! Une pièce magistrale totalement unique de metal avant-gardiste qui se révèle étonnamment fluide malgré la longueur de l’exercice. Autre belle sucrerie offerte à son public, The Acoustic Verses (2006), que l’on croyait être à juste titre le chant du cygne des norvégiens, se présente comme un rêve éveillé qui fait flotter l’auditeur au-dessus d’un champ de papillons noirs transpercé par des rais de lumière vaporeux, salvateurs, prometteurs…Un chef-d’œuvre de mélancolie douce. Et que dire du chant de Kjetil Nordhus sur cet album épuré, si ce n’est qu’il frôle la perfection. Mais voilà, pendant cette seconde période, malgré le talent de son compositeur principal et de ses interprètes, Green Carnation peine à se faire connaître. Son style n’est pas facile à identifier, le groupe brouillant régulièrement les pistes, son line-up est instable et la promotion de sa musique n’est sûrement pas totalement au point (simple supposition). Toujours est-il que la bande se crée une fanbase fidèle, prête à attendre un hypothétique retour de ses héros. En 2016, les prières des admirateurs finiront par être entendues. En effet, les norvégiens se réunissent le temps d’un concert. D’autres suivront jusqu’à ce que la reformation devienne une évidence…

Trente ans après ses débuts donc, Green Carnation, fraîchement signé par le label Season Of Mist, entre à nouveau en studio et nous invite à explorer les nervures de ces ‘’feuilles des années passées’’. Cet album qui lance la troisième partie de sa carrière présente assez peu de matériel inédit (trois nouvelles compositions seulement, le réenregistrement d’un ancien morceau et une reprise de Black Sabbath) mais le tout avoisinant quand même les quarante-cinq minutes de jeu. Un opus qui fait donc office de hors-d’œuvre copieux, le groupe ayant depuis confirmé, pour le plus grand bonheur des fans, que plusieurs albums allaient suivre.

Alors ça donne quoi Green Carnation en 2020 ? Commençons par préciser que le metal avant-gardiste des norvégiens ne l’est plus tant que ça. La bande propose aujourd’hui une mixture sophistiquée de doom heavy mélancolique entrecoupée de passages aériens attachants. Bien évidemment la patte du groupe est reconnaissable. Leaves Of Yesteryear ne devrait pas décontenancer celles et ceux qui sont familiers de leur répertoire passé. Au contraire, le groupe rassure en présentant des titres dont la structure progressive est parfaitement maîtrisée et, qui plus est, sont servis par une production béton permettant notamment de dépoussiérer ‘My Dark Reflections Of Life And Death’, composition quelque peu écourtée (quinze minutes quand même !) que l’on avait pu découvrir sur l’album Journey To The End Of The Night paru en 2000. Une pièce qui à elle seule résume assez bien la singularité de la démarche artistique du groupe. Vous y trouverez dessus des percussions guerrières toute en retenue, un chant gothique traînant, rampant le long d’un mur de guitare et de double pédale, des rythmiques lourdes, un solo avec un feeling proche de ce que peut proposer Opeth, des cassures où le piano, le synthé et la basse développent des mélodies irrésistibles, et tout ceci dans un dynamisme qui ne retombe jamais. Quelle richesse !
‘Leaves Of Yesteryear’ qui ouvre l’album est un peu dans la même veine. On y décèle un petit côté Paradise Lost pas désagréable, pas mais en choisissant ensuite d’alterner lourdeur, ambiances atmosphériques et vélocité (parfois) on comprend que la trajectoire stylistique des norvégiens est désormais actée. Le refrain épique de ce premier titre est magnifié par Kenneth Silden au jeu subtil, jamais démonstratif. Les sonorités choisies par le claviériste n’écorchent pas l’oreille, elles se glissent en vous, apportant un sentiment d’apaisement contrastant avec l’ambiance sombre qui plane sur l’ensemble des travaux proposés. Faire cohabiter la lumière et l’obscurité, un art que maîtrisent parfaitement les norvégiens…



‘Sentinels’ est un titre plus direct, moins progressif, plus foncièrement metal. Son côté accessible ne doit pas pour autant lui enlever de sa valeur. Avec ses mélodies vocales accrocheuses et ses riffs puissants et énergiques, Green Carnation démontre sa faculté à composer des chansons qui vont (plus) directement à l’essentiel. Enfin ‘Hounds’, troisième titre inédit présenté par la bande, met essentiellement le vocaliste à l’honneur. Un titre qui se durcit progressivement avec l’arrivée d’un riff primitif, doom dans l’esprit et parfaitement porté par le batteur et le bassiste. On décèlera aussi sur ce morceau un esprit floydien sur les parties plus calmes. Une composition solide aux allures de marche qui ne lasse pas malgré sa longueur (plus de dix minutes).

L’album s’achève sur une reprise très aérienne de Black Sabbath. ‘Solitude’, composé en 1971 par les pionniers du heavy metal, est ici saupoudrée de quelques notes de piano pleines de poésie. De plus, sur cette conclusion élégante, le travail réalisé sur les harmonies vocales est remarquable.

Inspiré et parfaitement arrangé, cet album démontre la capacité de ses auteurs à maîtriser leur originalité pour n’en livrer que le meilleur. Avec un tel niveau de composition, je ne vois pas trop comment à l’avenir le groupe peut décevoir (il faudra quand même proposer un peu plus de matériel, hein ?). Ceux qui ont l’habitude de zapper rapidement ne percevront certainement pas la subtilité du travail des norvégiens, et tant pis pour eux. Les autres, après quelques écoutes attentives, seront récompensés et la magie fera alors effet. Je recommande vivement !


Rédigé par Alexandre le 10/09/2020
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