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Sel de Pierre
Vous Autres - Sel de Pierre
Titre : Sel de Pierre
Groupe : Vous Autres
Sortie : 2020
Label : Season of Mist
Format : CD
Genre : Post métal

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Titres

  • Onde
  • Vesuve
  • Ecueil
  • Sans Sèves
  • In Humus
  • Nitre

Formation en 2007


De l’espoir, vous n’en trouverez que très peu sur Sel De Pierre ou alors nous n’avons pas tout à fait la même définition de ce mot. On aimerait bien s’accrocher à quelque chose mais la lumière ne perce qu’en de rares occasions et même lorsque celle-ci éclabousse le tableau, ce n’est pas tout à fait celle qu’on espérait voir venir. Ce duo nantais au mystérieux patronyme, Vous Autres, pratique un post black doom metal inquiétant et misanthropique agrémenté de subtiles atmosphères electro, le genre de musique qui parlera surtout aux fans d’ambiances extrêmes et de mélodies froides. Ça vous plombe, ça vous écorche parfois et ça vous emporte dans un lieu où le bonheur d’être n’est qu’un lointain souvenir. Rien de satanique pour autant, pas de croix inversée ou de paroles à la gloire du malin. Non, leur black metal ne s’apparente pas aux productions crues et caricaturales de la première vague de ce style, pas plus d’ailleurs qu’à la seconde vague, barbouillée elle, de sympho kitsch. L’essence du black est là mais ça ne va pas à toute vitesse, le tempo est varié, au service du rendu des atmosphères. Bref, leur musique est une évolution moderne du genre, une mutation intelligente, ce qui n’a pas échappé au boss du label Season Of Mist qui vient de les signer.

Vous Autres

Dès ‘Onde’, la couleur est annoncée. On est collé au mur par un riff menaçant et malsain très doom dans l’esprit. La lourdeur du propos est renforcée par les accélérations savamment dosées de la double pédale. Précisons d’ailleurs à ce sujet que la batterie a été programmée sur cet album mais, heureusement, sans desservir l’ensemble. Le résultat est en effet franchement convaincant. Lorsque le chant vindicatif et empli de souffrance vient déchirer la toile de fond posée, on se sent violemment pris à partie. La condamnation est sans détour. Il va nous falloir du temps pour digérer les ondes de ce jugement surtout que les nantais reviennent régulièrement à la charge en nous assénant de puissants coups martiaux à la saveur épique (vers trois minutes) ou en précipitant notre chute par le renforcement de la dynamique black. Ce long morceau d’ouverture nous réserve aussi des temps de rédemption ou plutôt de réflexion, devrais-je dire. La cassure aux deux-tiers du morceau rappellera à certains l’atmosphère oppressante développée sur ‘The Ar’ de Tiamat présent sur Wildhoney, un must have du dark gothic metal. Quant au final, plus aérien et mélancolique, il repose sur un gimmick typiquement black (en grattant rapidement les cordes, on accentue l’impact des notes et donc de la mélodie). ‘Onde’ s’achève au bout de neuf minutes. C’est le temps qu’il aura fallu au duo pour démontrer sa capacité à combiner différentes atmosphères décrivant toutes la même terre noircie et désolée. On en ressort meurtri, secoué mais captivé par les images que l’on s’est fabriquées pendant l’expérience.



Forcément, on en redemande. ‘Vesuve’ débute par un son electro lovecraftien. Effroyable, j’adore ! C’est ce genre de détail qui fait aussi qu’on y retourne… Puis, quelques arpèges, une frappe lourde, des chœurs lointains en écho qui s’émoussent (l’ombre de Bathory s’abat brièvement sur la composition) et c’est reparti pour sept minutes ténébreuses. Avec en guest Maxime Febvet au chant (Déluge), ‘Vésuve’ se veut tout aussi noir que ‘Onde’. Ses growls (pas ses chaussures hein !), exemplaires, intensifient la gravité du discours et décuplent l’émotion qui en ressort. Ça ne va pas nous faire du bien encore une fois mais on prend un réel plaisir à découvrir ce cauchemar surtout que quelques moments plus lumineux et épiques nous donnent du courage. ‘Sans Sèves’ est plus brutal avec son riff central bien tordu. On y décèle un petit côté Gojira en raison notamment des ruptures qui émaillent ce titre. Une référence qui reviendra de temps en temps à l’écoute de cet album inspiré.

‘In Humus’ vaut également le détour. Le duo prend le temps de planter le décor. On commence par flotter au-dessus du sol dans une ambiance quasi mystique. Le brouillard épais est transpercé de quelques arpèges énigmatiques et de percussions guerrières annonçant le combat à venir. Un chant (clair) spectral enveloppe la scène puis est suivi de vociférations lointaines qui nous plongent progressivement la tête sous terre. Pour peu, on en aurait presque le goût de la matière organique en décomposition en bouche. Le titre se densifie mais sans atteindre des sommets de violence. En effet, le groupe a, encore une fois, travaillé sur les ambiances et tape ici davantage dans un black complexe et atmosphérique. Une belle réussite mais on aurait aimé un peu plus de mélodies faciles …

Pour finir je me dois d’évoquer les deux titres instrumentaux qui complètent cet opus et, précisons-le, s’intègrent parfaitement au reste. ‘Ecueil’ et ‘Nitre’ justifient à eux seul l’achat de cet album. Le premier, héroïque mais toujours sombre est parsemé de touches electro gorgées de distorsion et se présente comme la bande son de ce voyage chaotique. Le second, ‘Nitre’ est un morceau que l’ami Trent Reznor aurait pu proposer sur l’album The Vietnam War, c’est vous dire la qualité du travail de composition. Baignant dans l’opacité, ce titre repose sur une boucle mélodique à laquelle se greffent des sons vibrants, des nappes de synthé vaporeuses, des chants d’oiseaux. ‘Nitre’ clôt l’expérience de façon presque …positive. Enfin n’exagérons rien quand même !

Sel De Pierre est un album mature sans réelles failles. Ses géniteurs ont exploré différentes options pour traduire en musique un univers minéral déshumanisé et hostile. Evidemment, ceux qui qualifient la musique extrême de bruit n’auront pas de révélation à l’écoute de cet album définitivement pessimiste mais les autres pourraient bien y trouver quelques perles noires.


Rédigé par Alexandre le 09/11/2020
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