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Conquering The Deep Cycle
Weight of Emptiness - Conquering The Deep Cycle
Titre : Conquering The Deep Cycle
Groupe : Weight of Emptiness
Sortie : 2019
Label : Australis Records
Format : CD
Genre : Metal progressif

La chronique note de la chronique
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Titres

  • Conquering
  • Invisible Mind Workers
  • Chucao
  • The Flame
  • Lapse Of Insanity
  • Lamentos
  • Eleven Ravens
  • Drainers
  • Lurking Hope
  • Two Tears Alone
  • Deep Cycle

Formation en 2015

Alejandro Ruiz [chanteur], Juan Acevedo [guitariste], Alejandro Bravo [guitariste], Mauricio Basso [batteur], Mario Urra [bassiste]

Weight Of Emptiness

Jouer du Death metal, même estampillé progressif, c’est déjà accepter de ne pas être compris par tous. Il y a dans cette musique une brutalité, une rudesse qui ne pourra pas être digérée facilement par le non-initié et qui risque de provoquer, à la première écoute, un rejet quasi inévitable. Mais, pour celui qui n’est pas réfractaire au chant extrême growlé, qui accepte d’être ballotté de riffs en riffs comme un esquif soumis aux caprices de l’océan, qui déverrouille ses conduits auditifs pour y laisser se glisser d’obscures et tortueuses mélodies, pour celui qui persévère tout simplement, l’expérience pourrait bien lui ouvrir de nouvelles portes. Pénétrer la noirceur permet parfois d’accéder à des couleurs inédites, insoupçonnées et fait naître des émotions inattendues mais ô combien jouissives …
Weight of Emptiness, groupe qui est mis à l’honneur dans cette chronique, répond aux critères d’agressivité propres à ce genre mais est aussi bien plus que cela. Les cinq musiciens savent en effet varier suffisamment leur propos pour ne pas perdre l’auditeur en cours de route. Si je vous dis qu’il y a de la lumière dans leur tunnel (ou leur grotte pour ceux qui ont vu le clip de ‘The Flame’), accepterez-vous d’en savoir un peu plus ? Je vous y encourage bien évidemment !

Cette formation, signée par un label spécialisé dans le metal extrême, Australis Records, nous vient de cette étroite bande de terre d’Amérique du Sud écartelée entre ciel et océan : le Chili. Avec Conquering The Deep Cycle, le quintet présente au public sa seconde livraison (troisième si on tient compte de l’EP Anfractuous datant de 2016) et comme nous pouvons le découvrir dans leur biographie, nous n’avons pas à faire à des amateurs. Certains membres ont déjà roulé leur bosse au sein d’autres formations (Twilight Mist, Letargo, Tremates). Il s’agit donc de musiciens expérimentés et rôdés à l’exercice de la composition et du live. Il semblerait même, à en lire les commentaires dithyrambiques de journalistes de la scène metal (essentiellement issus des pays hispanophones), que Weight Of Emptiness est un futur grand nom du death progressif. Alors qu’en est-il exactement ?
Les chiliens ont, en effet, bien des atouts pour nous laisser penser que leur carrière pourrait rapidement décoller. Un sentiment d’assurance mêlée de maturité se dégage des onze compositions proposées sur cet album. En ajoutant à cela les efforts déployés par le groupe pour se faire connaître (page officielle soignée, clip professionnel, cd au format digipack séduisant, production solide …) leur musique pourrait bien s’exporter sur le vieux continent et attirer les aficionados du genre.

Le voyage débute avec une intro assez courte qui emprunte à l’univers du fantastique. Des chœurs célestes mais menaçants se mêlent à des nappes de synthé sur lesquelles se greffent des effets de distorsion inquiétants. On pense aux travaux de Nathan McCree, bien connu des amateurs du jeu vidéo Tomb Raider. Quelques notes, dévoilant une mélodie simple mais parfaitement adaptée à l’atmosphère, sont posées çà et là. Une certaine finesse se dégage (déjà) de cet instrumental. C’est plutôt de bon augure pour la suite.
Puisque nous évoluons en terrain death, je m’attendais avec le second titre, à être saisi à la gorge par un riff lourd et ultra heavy mais il n’en fut rien. Surprise ou déception, c’est selon, la plage deux monte crescendo. Les chiliens choisissent en effet de dévoiler leur travail progressivement, faisant habilement grimper la température par le biais d’orchestrations suivies d’une atmosphère martiale. Alejandro Ruiz, charismatique chanteur de la formation, fait son entrée et se fend d’un spoken word habité prenant la forme d’une déclaration. On comprend alors que nos cinq gaillards ne sont pas là pour plaisanter et qu’ils entendent bien rappeler à l’auditeur le caractère belliqueux de leur musique. Ce n’est qu’au bout d’une minute que le morceau s’enflamme réellement par un riff que n’aurait pas renié Conception, période Parallel minds. Attention, je vous parle d’un Conception qui aurait quand même largement musclé son jeu, ne vous méprenez pas ! A partir de ce moment précis et pour les deux autres morceaux à venir, le groupe ne nous lâche plus et laisse éclater sa maîtrise des enchaînements et tout son savoir-faire en matière de construction musicale.

La première partie (moitié) de l’album est donc impressionnante. Patchwork formidablement bien assemblé de divers styles et ambiances, l’œuvre des chiliens nous bouscule, nous agresse ou nous caresse et tout ça, comme je le disais plus haut, avec une fluidité que leur envieraient bien des formations progressives. On alterne entre heavy death taillé pour le live (adepte du headbanging, échauffez-vous bien !) et black sauvage (pas trop, rassurez-vous) en passant par du doom death mélodique parfaitement exécuté (on pense à Solitude Aeturnus tout particulièrement pour l’esprit des solos). Mais la force des chiliens repose également sur leur capacité à calmer le jeu en glissant des respirations bienvenues et surtout très bien pensées. Je vous parlais de lumière en début de chronique, et à ce titre, justement, nous pourrions citer ‘Chucao’ où, après un passage terriblement hostile, on est un temps transporté dans les forêts chiliennes pour écouter le sifflement de cet oiseau (le Chucao justement) sur fond d’un arpège relaxant qui se verra lui-même rehaussé d’un doux solo. Bien sûr, le groupe ne nous laisse pas suffisamment de temps pour nous adonner à la contemplation mais il réussit l’exploit de nous apaiser provisoirement, à un moment où on ne s’y attendait pas du tout. ‘Chucao’ est aussi fortement marqué par le sceau Opeth période Still Life. Pas dégueulasse comme référence non ?
La lumière encore. Pour cela je m’arrête un instant sur le chant d’Alejandro Ruiz. Pas forcément lumineux de prime abord, c’est certain. Plutôt du genre caverneux même. Tout au long de l’album, ses growls sépulcraux altèrent sérieusement notre jugement des choses mais, parce qu’il y a toujours un mais, avec les formations progressives, notre homme sait aussi s’exprimer différemment. Sur des titres comme ‘Invisible Mind Workers’, ‘Chucao’, ‘Lapse of Insanity’ ou encore ‘The Flame’, le vocaliste amplifie la dimension mélodique déjà posée par de savoureuses et entêtantes parties en chant clair. Un gimmick qui pourrait, à mon sens, être encore développé à l’avenir, d’autant plus qu’il se montre plutôt à l’aise dans un registre de chant grave typé gothique.
Le titre ‘The Flame’, choisi pour promouvoir l’album par le biais d’une vidéo très professionnelle, pourrait être cité dans le petit manuel du death metal mélodique. A défaut d’être totalement innovant, ce morceau transpirant d’authenticité est à la fois percutant et puissant, mais a aussi la particularité d'être accessible et rassurera ceux qui n’aiment pas trop être bousculés dans leurs habitudes. Mention spéciale à Mauricio Basso dont la force de frappe et la variété de son jeu accentuent la dynamique du titre.



Sur les cendres encore fumantes de ‘The Flame’, les chiliens ont sans doute estimé qu’il était temps de faire redescendre un peu la pression. ‘Lapse Of Insanity’ commence dans la délicatesse puis se poursuit sur un riff typiquement heavy prog et un poil hypnotique. ‘Lamentos’ viendra dans la foulée conforter ce désir d’accalmie. Power ballade gothico-death dont la tristesse est palpable, ce titre chanté en espagnol met encore une fois le vocaliste à l’honneur. A la fois conteur et hurleur, il parvient à nous émouvoir et à transcender notre douleur en une rage difficilement contrôlable.
La partie centrale de l’album à peine terminée, on repart, avec ‘Eleven Ravens’, sur un mid-tempo pesant qui gagne petit à petit en intensité. Composition qui n’est pas des plus marquantes mais dont le final s’inscrit dans une veine typiquement progressive et qui offre à Mario Urra, entre autre, un espace de jeu pour se libérer.
‘Drainers’ renoue davantage avec la formule développée sur la première partie de l’album (très beau refrain en chant clair encore une fois… Paradise Lost n’est pas très loin). Ce titre épique et rapide a de forts relents de black mélodique notamment dans la façon qu’ont les deux guitaristes de propager et imposer des mélodies qui nous submergent complètement.
‘Lurking Hope’, avec plusieurs interventions théâtralisées d’Alejandro Ruiz, est un morceau un peu plus fourre-tout. Le groupe se fait plaisir et donne l’impression de décocher tout ce qu’il lui reste comme flèches en même temps, ce qui peut dans un premier temps crisper l’auditeur. Cependant, même si la cohérence n’est pas immédiatement décelable, on s’aperçoit en y regardant d’un peu plus près, qu’une fois encore, le tout est maîtrisé. Evidemment, on en sort un peu éprouvé mais je le rappelle, en terres extrêmes, il faut aussi du courage et de l’abnégation pour démêler la musicalité de l’apparente âpreté du propos.
A l’instar d’‘Eleven Ravens’, ‘Two Tears Alone’ manque quelque peu d’accroche mélodique. Transpercé par une partie acoustique façon Opeth, ce titre lourd se clôt sur un refrain aérien légèrement orientalisant et laisse place à ‘Deep Cycle’, une conclusion enfumée à la sauce électro (!) nous rappelant les thèmes perdus de John Carpenter. Au final, un bien beau cadeau offert par le groupe qui nous laisse entrevoir la matérialisation sonore de ce qu’il nomme le cycle profond, objet de sa quête initiale.
Cette excursion dans l’extrême guidés par des chiliens expérimentés n’aura clairement pas été de tout repos, mais en m’engouffrant dans les innombrables galeries de “leur grotte“, j’ai souvent été impressionné par la solidité de leurs compositions. Toutefois, et vous l’aurez compris, j’ai davantage été charmé par la première (grosse) moitié de cet album plus … accessible. Reste que Weight Of Emptiness est une belle découverte. Assurément, le groupe devrait refaire parler de lui à l’avenir, et c’est tout le mal qu’on lui souhaite !


Rédigé par Alexandre le 30/01/2020
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