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Deadly Scenes
6:33 - Deadly Scenes
Titre : Deadly Scenes
Groupe : 6:33
Sortie : 2015
Label : Kaotoxin Records
Format : CD
Genre : Métal progressif

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Titres

  • Hellalujah
  • Ego Fandango
  • The Walking Fed
  • I’m a Nerd
  • Modus Operandi
  • Black Widow
  • Last Bullet For a Gold Rattle
  • Lazy Boy
  • Deadly Scenes

Formation en 2010

Rorschach [], Niko [], S.A.D. [], # [clavier], Howahkan Ituha [clavier]

La scène parisienne vient d’exploser sous l’effet d’une bombe appelée Deadly Scenes, nouvel album de 6:33, quintet masqué de la capitale hexagonale. Une galette de sorciers fous que pourraient bien nous envier nos amis anglo-saxons !



Bon, quitte à me faire des amis d’entrée, je suis plutôt bien content que les 6:33 aient eu la joyeuse idée de se passer des services d’Arno Strobl (Carnival in Coal) avec lequel ils s’étaient acoquinés pour leurs deux précédentes productions (dont l’excellent EP Giggles, Garlands & Gallows). Pourquoi, me direz-vous ? Non, ce n’est pas parce que leurs larmes étaient sucrées, mais parce que : 1. Rorschach tient très bien le micro et il n’a pas de raison de le prêter ; 2. les expérimentations parfois trop lisses à mon goût de The Stench From The Swelling ont laissé place à une inventivité exacerbée et à une bride lâchée, sans concession, sans frontière des genres. Deadly Scenes, ce n’est rien moins que de la Gender Music que l’on essaiera vainement de classer, mais que l’on ne se lassera pas d’écouter !
Ouf ! Ceci étant placé, et maintenant que les fans d’Arno Strobl – envers qui je n’ai aucune sorte d’inimitié – sont partis en m’insultant copieusement, nous allons pouvoir parler plus consciencieusement de cet OVNI discographique.
Deadly Scenes, c’est d’abord un concept autour des 7 pêchés capitaux (Deadly Sins en anglais) qui se concentre sur autant de pièces encadrées d’un prologue et d’un épilogue. Question essentielle : l’homme naît-il pourri ou le devient-il ? Vaste programme qui résonne furieusement en ces jours sombres de janvier 2015…
6:33 aborde cette question philosophique par le biais de la religion au travers d’illustrations focales sur des personnages plus ou moins proches de la réalité.
Ainsi, l’album commence par un "Hellalujah", magnifique gospel sur le thème de la croyance et de la religion ("Lord Jesus, be my guide"), sur lequel les voix montrent une grande importance – normal pour un gospel, me direz-vous –, que ce soit celles de Rorschach, de Niko, ou de la choriste (à la voix magnifique, mais malheureusement non créditée sur ce qui est en ma possession). Vient alors un swing endiablé digne de Danny Elfman (ou, celui des musiques des films de Tim Burton). On est bien dans une version déjantée et cartoonesque des péchés capitaux qui en deviendraient presque capiteux !
"Ego Fandango" s’attaque à la "vanité", presque comme du Mike Patton (celui de Faith No More et Mr. Bungle), sur un rythme à la fois ska et lourd (presque djent), ponctué de chœurs à la "Bohemian Rhapsody" de Queen (c’est Niko qui le dit). Le travail des voix est magnifique, l’orgue dantesque, les scratchs font leur œuvre, les caisses claires claquent, ça swingue et on danserait aisément sur une telle farandole, sans oublier son passage prog jouissif au possible, avant le retour de la partie scandée qui vient s’entremêler et nous faire perdre toute mesure.
La "gourmandise" d’un homme qui s’empiffre est évoquée sur "The Walking Fed", pâtisserie indus à la Rammstein, alternant chant prog sur les couplets et voix décalée à la Leonard Cohen (ah bon ?) sur les refrains ! Ca commence pourtant sur un rythme de batterie très world-music à la Peter Gabriel, avant l’entrée d’un chant soul qui doit retourner Michael Jackson dans son mausolée ! La basse de S.A.D. claque au vent pour faire groover les claviers et machines de Howahkan Ituha et #. Les chœurs nous enveloppent de trémoussements, on chante allègrement.
"I’m a Nerd" nous parle de la "colère", d’un geek souffrant de dédoublement de la personnalité, le tout ponctué au final par les bruits d’un modem Olitec Selfmemory. Le morceau démarre avec des claviers spatiaux, des chœurs grégoriens (si, si !), avant le décollage et ses "na na na", un chant un peu growl, et une seconde voix qui me rappelle Stupeflip. Les constructions s’enchaînent, ça pulse vraiment, les parties chantés sont excellentes, on pousse le volume tellement ça déménage. Rhaaa, c’est bon !



"Modus Operandi" s’attaque à la "luxure", celle d’une tenancière de bordel qui pense avoir une mission divine et exécute les libertins après leurs inénarrables orgies, comme si nous étions dans un film de Burton. Et ça démarre vraiment comme dans Charlie (il est gros le clin d’œil à nos dessinateurs disparus, mais il fallait le faire, bordel !). C’est presque une valse qui suit, où l’orgue prédomine, avec de belles lignes de guitare. Les chœurs et les voix sont encore à la fête, et la batterie programmée est tout à fait à sa place. Ca décolle ensuite un peu à la Devin Townsend, sortie de route loufoque emphatique pour conclure : classieux !
"Black Widow", swing déjanté à la Tex Avery, raconte la vie de Cyco Psilo (et l’allusion aux autres frapadingues d’Infectious Grooves est évidente), jeune femme guidée par l’"envie". Ca swingue années 50, ça donne… envie ! Bon sang, ils ont du bagage, nos Parigots, les clichés sont légion (un bref passage digne de Zappa est à tomber), mais c’est nickel chrome de bout en bout, déjanté, ahurissant, bluffant.
Suit "Last Bullet For a Gold Rattle", quasi-instrumental country-métal hommage à Ennio Morricone (ah bon ? là encore) traitant de l’"avarice". C’est le titre que j’aime le moins sur l’album, mais vu le niveau du reste, il n’y a pas péril. Intro espagnole, suite western, mélange des deux, violon country, chœurs en "pa la pa pa pa", guitare électrique qui rentre et retour sur quelques paroles en fond, les 6 :33 s’amusent même à intégrer une ligne de chant en espagnol au final.
"Lazy Boy", parle évidemment de la "paresse", majestueuse composition grindcore sur un loser post-pubère qui pense plus à la fumette et à la branlette qu’à devenir un golden-boy (quoique, ce n’est pas incompatible…). Si ça démarre lentement, après c’est le 7e de cavalerie du capitaine Stark qui déboule sur des voix tout en douceur. Là encore, Stupeflip ne serait pas loin, s’il n’y avait pas en plus des parties guitares-claviers jazzy à tomber… Le growl revient, basse et batterie matraquent, ça tourbillonne tellement les thèmes s’entremêlent avec ce "Lazy Boy, Lazy… Boy" vraiment réussi, et Niko qui s’éclate à la deuxième voix (quant à la choriste, va falloir me la présenter, parce que son chant est une sucrerie affriolante)…
"Hey kids, you like violence ? " Voilà le début de "Deadly Scenes", final épique de 13 minutes, avec reprise des thèmes de l’album (dont le gospel initial pour conclure), qui aborde le sujet du libre-arbitre. Il est composé de trois tableaux dont le dernier est un préquel à l’EP Giggles, Garlands & Gallows, et se trouve être tout à fait digne d’illustrer la BO d’un court-métrage de David Lynch… Les fans de prog seront ravis par cette pièce, sans que le reste de l’album ne déroge non plus à certains des canons du genre, avec des changements d’ambiances incessants, des entrecroisements de thèmes, des voix utilisées comme des instruments, etc. Vous allez trouver beaucoup d’influences là-dedans, mais c’est surtout fait avec beaucoup de talent et le tout possède une identité propre, celle de 6:33.
L’album est très bien enregistré. Il faut dire que le groupe a des facilités, puisque le claviériste Howahkan Ituha a son propre studio, le White Wasteland Studio, où il a également mixé la bête avec Niko. Le mastering de Bruno Gruel (Elektra Mastering) est de bonne facture sur la version CD (bien meilleure que la mp3, sur cet album, pas d’hésitation à avoir). J’ai quelques réserves sur certains passages de batterie, notamment les toms, ainsi que quelques parties de chant où l’anglais accroche un peu – mon éternel souci avec les groupes français chantant dans la langue de Shakespeare –, mais c’est quand même anecdotique.
Alors voilà, il vous reste deux choses à faire : 1. vous procurer ce disque français qui fait la nique à bien des productions internationales ; 2. aller voir les cagoulés sur scène. Ils ont déjà ouvert pour Devin Townsend ou Shaka Ponk, se chauffent déjà pour présenter ces "Deadly Scenes" et feront la Release Party (on va le dire comme ça, vu qu’ils s’expriment en langage rosbif) le 15 janvier au Planète Mars de Paris. A mon humble avis, sur scène, il va y avoir du sport !
Bon, justement il est 6:33 (bon sang, c’est vrai en plus !), le temps pour moi de décapsuler une bière (c’est pm quand même…) et de me remettre ce Deadly Scenes tout en me demandant lequel des péchés capitaux va bien pouvoir égayer ma soirée…

Facebook : https://www.facebook.com/6h33official

Site officiel : http://www.633theband.com/

Ecoute Kaotixin Records : http://listen.kaotoxin.com/album/deadly-scenes

Vidéo officielle :


Rédigé par Henri le 12/01/2015
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