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Live report du 27/10/2018 - Prog En Beauce 2018
Prog en Beauce 2018 27 octobre 2018
Salle Maurice Leblond – Pierres (28)
Photos de Lulu (Magenta), Laurent Wilb (Mostly Autumn et Monnaie de singe), Stéphanie Gentilhomme (Monnaie de singe).

Depuis quelques années, en ce qui me concerne, les déplacements lointains pour des concerts ou festivals se font rares. Je n’en fais plus qu’un à deux par an maximum. La réputation chaleureuse de Prog en Beauce et sa programmation sympathique m’ont donné envie d’aller y faire un tour. J’avais prévu d’y aller l’année dernière avec la programmation sur deux jours à l’occasion des cinq ans du festival, mais une réunion familiale ce week end là a fait que je n’avais pas pu y aller. C’était donc partie remise pour 2018.
Après un voyage en train et un petit passage par le château de Maintenon, je me rends à la salle qui appartient en fait aux deux communes de Pierres et Maintenon. Elle est mise gracieusement à la disposition des organisateurs, ce qui est évidemment un plus indéniable pour ce type de festival d’autant que la salle est assez grande et très fonctionnelle. Des chaises sont installées sur les côtés de la salle, laissant les gens debout au centre.
En attendant l’ouverture, au vu des gens présents devant la salle, je me suis dit que les festivals prog c’était fait pour les cheveux blancs, mais heureusement pas uniquement, et un public plus jeune était aussi présent.
Après une édition sur deux jours pour fêter les cinq ans l’an dernier, le festival reprend sa formule initiale sur une journée avec un début à 15h30. Après une ouverture des élus locaux en compagnie des organisateurs, les québécois de D-Project ont pris possession de la scène pour une courte durée puisqu’un problème technique a obligé le groupe à repartir en coulisse pour un quart d’heure avant le retour sur scène des quatre musiciens. D-project est une création de Stéphane Desbiens, qui avait auparavant évolué au sein du groupe Sense. Sa première oeuvre, Shimmering lights, est sortie en 2006 et la cinquième et dernière en date, Find the sun juste avant le festival.
En studio chaque album bénéficie de l’apport de quelques invités. Ainsi se sont notamment retrouvés sur les albums de D-project, Martin Orford (IQ), Claude Leonetti et Romain Thorel (Lazuli), Thomas Bodin (The Flower Kings) ou Stu Nicholson (Galahad) pour n’en citer que quelques-uns​. Le groupe actuel comprend trois autres membres. Le plus ancien est le batteur Jean Gosselin et le plus jeune, le fils de Stéphane, Philippe, à la basse et la guitare. Il joue ici pour la deuxième fois en live. Enfin nous avons la longiligne Isabelle Cormier aux claviers et au violon. La prestation du groupe a été de très bonne qualité avec une communication très sympathique du sieur Stéphane. Le père et le fils se sont installés en duo sur le devant de la scène pour la première partie de ‘Be free’. La présence du violon a constitué pour moi un plus indéniable. Ils ont joué des titres de plusieurs albums. et ont terminé leur show par une belle reprise de ‘Starless’ de King Crimson. Le festival démarrait sur de bonnes bases.

Je m’approchais plus de la scène pour le second groupe de la journée, Monnaie de singe, originaire du Cantal et créateur du superbe album The Last chance. Celui-ci reste d’ailleurs à ce jour mon préféré pour 2018. J’avais eu l’occasion de voir et d’apprécier leur prestation au Péage du rock 2016. Philippe Glayat, chanteur historique du groupe, était encore là, partageant le chant avec Anne-Gaëlle Rumin. Le premier s’étant éloigné notamment géographiquement, la seconde est désormais seule au chant principal qui est désormais en langue anglaise, contrairement aux débuts du groupe où il était en français.
Le rideau est fermé pour une introduction qui nous explique le thème de l’album, très sombre, incitant les humains à préserver notre planète. Il sera joué en intégralité et dans l’ordre avec un petit ajout. Après les deux premiers titres, un incident est de nouveau à signaler. La batterie d’Eric Fargès, qui servira pour tous les groupes présents, menace de tomber sur Anne-Gaëlle. On s’affaire donc à essayer de scotcher le tout avant de reprendre le cours de l’histoire. Le problème n’est cependant pas complètement réglé et il faudra quelques autres petites interventions lors de la soirée pour éviter un accident. Jean-Philippe Moncanis, guitariste et principal auteur du concept, présente les morceaux et fait quelques interventions “pince sans rire”, dont une évoquant le tri lors de la présentation de ‘Magic tree’ a eu un certain succès auprès du public, ce qui a poussé les autres membres du groupe à demander aux spectateurs de ne pas l’encourager, car eux doivent le “subir” toute l’année. Le passage de la version studio à la version concert est parfaitement réussi. Eric Fargès donne un dynamisme certain à une musique plutôt sombre et atmosphérique. Christophe Laporte distille quelques courts mais excellents soli de guitare. Anne-Gaëlle Rumin déploie toute son énergie sur scène et son chant convient parfaitement à la musique. Philippe Chavaroche aux claviers et Serge Combettes à la basse ont un rôle plus discret mais essentiel. Pour le dernier nommé, il s’agit de son dernier concert avec le groupe qu’il va quitter et sera remplacé par Eric Setressi. A noter que le groupe a intelligemment intégré ‘Shizophrenia’ et ‘See the light’ du précédent album Error 404 dans le concert. Le premier avant ‘Happy Birthday’ et le second après. Le groupe a l’autorisation de jouer un rappel de cinq minutes, et c’est ‘Open your Eyes’ aussi issu de l’avant-dernier album qui est interprété. Jean-Philipppe Moncanis explique que ce titre a été écrit au moment du printemps arabe pour inciter nos gouvernants à ouvrir les yeux, et pense, malheureusement, qu’il est toujours autant d’actualité.

monnaie de singe

La musique et les prestations de Monnaie de singe ne cessent de s’améliorer et atteignent désormais une qualité admirable aussi bien sur scène que sur disque. Ils ont d’ailleurs séduit pas mal de néophytes et enchanté les connaisseurs.

monnaie de singe

Prog en Beauce a la particularité de proposer deux possibilités pour les places, un tarif pour l’ensemble du festival et un tarif uniquement pour les derniers groupes. De ce fait la salle a accueilli de nouveaux spectateurs après Monnaie de singe et je suis agréablement surpris par le nombre de présents.
C’est ensuite au premier des deux groupes britanniques, Magenta, de monter sur scène pour la première fois en France. Le groupe existe pourtant depuis 2001 et est sans doute le plus connu des multiples projets de Robert Reed. Au vu du nombreux public debout devant moi, je ne peux que constater que les organisateurs ont fait le bon choix. Pour ma part je ne connais qu’assez peu la musique du groupe, n’ayant jamais eu l’occasion d’écouter attentivement leurs oeuvres. J’avais avoir eu un peu de mal à entrer dans leur prestation pourtant incontestablement brillante, mais au fur et à mesure, j'ai apprécié de plus en plus. Porté par un son exceptionnel, le groupe sera le grand vainqueur de la soirée à l’applaudimètre et leur stand a été pris d’assaut. Chaque musicien présent sur scène excelle et Christina Booth est à la hauteur de sa réputation. Robert Reed derrière ses claviers est relativement discret, contrairement à son compère Chris Fry à la guitare, très actif sur le devant de la scène. La musique de Magenta s’inspire des grands groupes progressifs des seventies et au cours du concert se font entendre des sons très proches de certains de ces artistes. Le plus flagrant est sans doute YES, particulièrement sur un titre comme ‘Gluttony’, mais les influences de King Crimson, Mike Oldfield ou Genesis se font ressentir. La set list était assez diverse et comprenait notamment ‘Trojan’, ‘Envy’, ‘Demons’, le direct et assez hard ‘Speechless’, ‘The lizard king’ aux claviers très néo ou l’excellent Sloth.

Magenta

Un des organisateurs, Thomas, monte ensuite sur scène pour présenter la tête d’affiche de la soirée, Mostly Autumn. Il nous fait écouter sur son portable la musique de Folklore qui a été utilisée pour lancer les danses lors de son mariage. Il annonce aussi qu’en tant qu’organisateurs, ils prévoient toujours un plan A et un plan B. Magenta était initialement le plan B de Mostly Autumn mais ils ont finalement invité les deux groupes. Contrairement à leurs voisins gallois, les anglais sont déjà venus dans nos contrées, mais la dernière fois remonte à une douzaine d’années. J’étais d’ailleurs présent lors de ce concert. Je les avais revus un peu plus tard en Espagne et en Belgique mais cela fait plus de dix ans que ce n’était pas arrivé. Le groupe a beaucoup évolué autour de son fondateur Bryan Josh au fil des années avec des départs mais aussi des retours. Lors du dernier concert auquel j’avais assisté à Verviers, un duo avait fait la première partie. Il était constitué du guitariste Chris Johnson et de la chanteuse Olivia Sparnenn. Or les deux sont présents ce soir au sein du groupe. Le premier a intégré le groupe une première fois en 2006 pour deux années avant de revenir en 2014. La seconde, désormais madame Josh, a remplacé Heather Findlay lorsque celle-ci est partie voler de ses propres ailes mais faisait déjà partie du groupe en tant que choriste. Les autres membres actuels et donc présents ce soir sont l’énergique bassiste Andy Smith, le claviériste Iain Jennings, la flutiste et claviériste Angela Gordon et le dernier arrivé le batteur Henry Rogers. Pour ma part, si j’apprécie l’ensemble de la discographie du groupe, j’ai une préférence pour les premiers albums où le coté folk celtique était plus présent qu’il ne l’est aujourd’hui, et réentendre ‘Heroes never die’, ‘Evergreen ou ‘Mother nature’ m’a donné des frissons. La set list est constituée d’extraits d’une grande partie de la discographie du groupe avec notamment ‘Sight of Day’, ‘Tomorrow dies’, ‘Forever and beyond’ ou ‘Drops of the sun’. Cependant, les morceaux joués ne sont pas tous signés Mostly Autumn. Ainsi nous avons droit à un titre issu du projet Josh and Co, ‘Transylvania’ où la rythmique est beaucoup plus rapide et en avant, et un autre issu du projet de Iain Jennings, Breathing Space où officiait aussi Olivia Sparnenn-Josh avec ‘Questioning eyes’. Beaucoup de spectateurs ont été bluffés par la voix de Chris Johnson sur ‘Changing lives’ et ‘Silver glass’. Celle de Bryan Josh s’est révélé moins convaincante. Par rapport à Christina Booth, Olivia Sparnenn joue plus sur la puissance de sa voix.
S’ils se sont fait désirer au niveau du rappel, ils n’ont, comme souvent pas été avares à leur retour. Ce sont d’abord Chris Johnson et Angela Gordon qui sont revenus seuls pour une superbe version guitare acoustique, flûte de ‘Gaze’. Ils sont ensuite rejoints par le reste du groupe. Un des membres fondateurs du groupe, Liam Davison, est décédé l’an passé, et pour lui rendre hommage, que pouvaient ils choisir de mieux que ‘Wish you were here’ ? Bryan va demander au public de chanter les premières paroles et celui-ci va répondre de manière remarquable. Après quelques hésitations sur la connaissance du morceau par le batteur, le groupe enchaine sur ‘Comfortably Numb’. C’est ensuite au tour de Iain Jennings de s’offrir une prestation solo avant le dernier titre de la soirée. Les anglais remporteront aussi un beau succès mais cependant moindre que leurs prédécesseurs. Le groupe travaille actuellement sur son nouvel album intitulé White rainbos, qui devrait paraître en début d’année prochaine.

mostly autumn

Un festival, c’est aussi l’occasion de recroiser des connaissances. Celui-ci a été pour moi particulièrement fertile, me permettant de recroiser notamment des personnes que je n’avais pas vu depuis le dernier concert de Mostly Autumn en France, ou d’autres depuis des concerts à Paris il y a plus d’une dizaine d’années. L’affluence s’est révélé plus importante que l’an passé et donc un beau succès pour les organisateurs. Le pari de l’inédit et du rare s’est avéré payant. La proximité de Paris, une heure environ, peut être vue à la fois comme un avantage et un inconvénient. L’avantage est bien évidemment un public potentiel important. L’inconvénient est que celui-ci est déjà bien gâté même en terme de rock progressif. Il faut donc offrir quelque chose qui les pousse à se déplacer. Comme je l’ai déjà évoqué, la rareté des groupes proposés me semble un élément important et surtout offrir un formidable moment de partage entre festivaliers et artistes. La formule festival permet aussi plus de convivialité qu’un simple concert. Avec l’aide indispensable des bénévoles, les organisateurs ont parfaitement réussi cette édition et donnent rendez-vous l’an prochain pour la septième édition le 26 octobre 2019.

Rédigé par : Jean-Noël

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