Mes nuits à Fréconrupt

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La pince du homard

Freconrupt est un village situé au-dessus de La Broque dans la vallée de Schirmerk. Quelques maisons, une chapelle et la montagne. Certes de la petite montagne, culminant à six mètres d’altitude, mais la montagne quand même.

C’est là que se cache une clairière triangulaire, au bord d’un chemin peu fréquenté. L’endroit est accessible en voiture, dispose d’un chalet où il est possible de pique niquer et les arbres offrent une bonne protection à la pollution lumineuse. Du coup la nuit est noir d’encre et, depuis le début de l’été, c’est notre spot préféré pour photographier la voûte céleste.

Ici pas de camping-car ou de rodéo nocturne, pas de voiture pleins phares, pas de promeneurs à la frontale, pas de cris ou de musique venu des gites en contrebas. La nuit est noire et silencieuse.

Nous avons délaissé le parking du Vieux Pré au Champ du Feu, pourtant situé cinq cent mètres plus haut et à l’horizon dégagé, pour une petite clairière à six cents mètres d’altitude avec des arbres masquant l’horizon. Sorti de nos voix qui résonnent dans la clairière, du ronronnement des montures, du brame du cerf et des lumières rouges occasionnelles, c’est le silence et le noir absolu.

Nous nous retrouvons dans la clairière au coucher du soleil avec des transats et des chariots chargés de matériel. Trépied, télescope, batterie, thermos, couverture, biscuits, de quoi tenir une nuit entière. Pendant que l’obscurité arrive chacun installe son matériel à distance respectable des autres pour ne pas se gêner et quand la Voie Lactée se dessine dans le ciel, les moteurs des équatoriales commencent à tourner.

Chacun à son programme pour la nuit, une nébuleuse, une galaxie mais tout le monde se réserve un créneau pour observer en visuel la planète Saturne et ses anneaux. Installés dans les transats, nous discutons sous la voûte étoilée, écoutant les oiseaux nocturnes et les cerfs amoureux. Des bolides illuminent brièvement la nuit, et c’est à qui en observera le plus.

La Voie Lactée tourne au-dessous de nos têtes, des constellations se lèvent, d’autres se couchent, les télescopes suivent leur lente course silencieuse. De temps en temps un voix s’élève pour annoncer la visée d’un bel objet, alors nous abandonnons nos écrans de surveillance pour jeter un oeil dans l’instrument qui pointe une nébuleuse, une galaxie, un amas d’étoile ou une supernova. Chacun y va de son commentaire, teste dessus un oculaire particulier, un filtre, cherche des détails imperceptibles et une fois satisfait, retourne contrôler que son équipement fonctionne toujours correctement.

Alors que l’électronique tente de capter le faible signal venu des étoiles avec des caméras sophistiquées, Fred sort ses crayons de couleur et s’installe pour dessiner avec ce qu’il perçoit de Saturne sur une feuille papier canson noire. Benoît cherche dans son viseur, une cible impossible au ras de l’horizon, à peine visible pour son télescope pourtant très lumineux. Clovis se bat contre son système informatique open source qui a décidé de se mettre en grève. François est juste venu nous tenir compagnie pour constater à quel point le site est beau. Eliott étrenne un nouveau télescope, le cinquième de la saison et s’essaye à la photographie avec un appareil photo. Pierre capture les dentelles du Cygne en champ large et pour ma part, faute de langoustines, je rajoute quelques heures à ma pince de homard.

C’est encore l’été, mais, alors que la nuit avance, nous nous sommes tous emmitouflés dans des vêtements chauds. La fatigue fait lentement son œuvre, chacun s’assoupit dans son coin, Clovis bougonne contre son matériel, Fred peste sur son dessin, Benoît s’est endormi dans sa voiture, Eliott remballe son dernier joujou et mon setup commence donner des signes de fatigue malgré de vaines tentatives de réglage. Je finis par jeter l’éponge à mon tour et je remballe le matériel.

Les lampes frontales se rallument, les chariots chargés reviennent vers les voitures, les moteurs thermiques vrombissent et à la queue leu-leu, les voitures redescendent vers la vallée, croisant en chemin quelques biches et un cerf majestueux.

Une nouvelle nuit se termine à Fréconrupt. Pour la toute première soirée, nous n’étions que deux dans la clairière. La seconde fois, nous étions trois, la quatrième fois, cinq, la cinquième, le même nombre. Je crois que cette prairie bordée d’arbres va devenir notre repère pour les longues et froides nuit d’hiver tant qu’il ne sera pas nécessaire de se réfugier dans une voiture pour résister des heures aux températures négatives.

Left alone… – Empty moment

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C’est presque sur un malentendu que j’ai écouté le groupe Left alone…Il me semble que c’est Alice qui l’a recommandé.

J’ai été totalement séduit par le premier titre de l’album Empty moment, et intrigué, j’ai poursuivi la découverte, même si le black metal, ça n’est pas franchement mon truc.

Left alone… est une formation venue du Connecticut qui n’aura existé que de 2014 à 2016 avant de disparaître. On parle ici de black metal atmosphérique parfois bluesy mais surtout très noir.

Avec cinq morceaux dont trois qui dépassent allègrement le quart d’heure, la démo Empty moment dure une heure et quatorze minutes. Bien pire qu’un concept album de rock progressif.

Sorti du premier morceau, qui est vraiment à part dans l’album, Left alone me fait beaucoup songer à Dymna Lotva par son chant hurlé et torturé à souhait. Et puisque l’on parle d’eux, le groupe bielorusse vient au passage de sortir une nouvelle galette que je n’ai pas encore écoutée.

Du chant hurlé et torturé donc, mais pas tout le temps. Il y a par exemple un délicat titre électro-acoustique instrumental épuré très justement intitulé  ‘Interlude’ pour séparer une pièce de dix-sept minutes d’une autre longue de vingt-quatre minutes. Heu oui, vingt-quatre minutes et cinquante-sept secondes pour être précis pendant lesquelles vous allez entendre des hurlements désespérés même s’il y a un peu de remplissage à la fin.

Mais je ne vous ai toujours pas dit pour quelle raison j’aime tant le premier titre. En fait, il s’agit de contrastes. Ces extraits de ‘Left alone’ de Abbey Lincoln qui alternent avec le black post metal hurlé composent une association musicale autant improbable que sublime dont je ne me lasse pas. Rien que pour ‘Burning Gardens’, l’album mérite la découverte.

L’autre morceau de choix est à mon avis le dernier, ‘She loves you…’. Non pas parce que c’est le plus long, encore que, mais parce que c’est sans doute le plus torturé même si ‘With her in winter autumn’ est pas mal dans le genre. Le chant, tel un cri de douleur, est hurlé sur une musique post metal jusqu’à ce que presque tous les instruments cessent et qu’il ne reste que la souffrance sur quelques notes de piano.

Le titre ‘Coldly as embers rise’ m’a un peu moins emballé. Non pas parce qu’il est plus court que les autres (seulement neuf minutes et trente secondes, excusez du peu) mais peut-être parce qu’il est moins complexe et plus frontal dans son écriture. Après une entrée en matière instrumentale très calme, les guitares s’énervent sur un chant lointain écartelé qui ne s’apaise qu’une minute avant la fin de la pièce.

‘With her in winter autumn’ est nettement plus réjouissant avec ses nombreux rebondissements. Il faut dire, qu’en dix-sept minutes, il peut y en avoir des rebondissements. Vous entendrez même du chant clair sur ce titre, ok clair, mais un peu écartelé quand même, il ne faudrait pas déconner non plus, c’est du black metal.

Empty moment est une excellente trouvaille avec un coup de cœur tout particulier pour le premier titre ‘Burning gardens’ qui mélange les genres avec subtilité.

Difficile malgré tout de le recommander aux progueux qui me lisent, Left alone… reste quand même un album pour forgeron averti.

La discorde

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Discord

La communication est une science molle qui obéit toutefois à des règles bien précises. Pour être bien entendu, il ne faut pas de bruit. L’ennui c’est que les gens sont toujours bruyants et parlent pour ne rien dire.

Quelque soit le média utilisé, messagerie, réseau social, forum, les conversations partent rapidement en cacahuètes et à la fin, il est impossible de trouver l’information recherchée. L’un va de sa blaguounette, l’autre surenchérit, quelqu’un pose une question dont la réponse se trouve deux messages plus haut, un quatrième jette sa colère à la face du monde et ça devient le bordel.

Evidemment, il est possible de modérer les discussions mais, si le groupe est important, cela devient un travail à plein temps et celui qui s’y colle est rapidement traité de nazi à moins d’être vraiment bienveillant.

En cherchant une solution pour notre association d’astronomie, prisonnière d’un WhatsApp devenu chaotique, j’ai trouvé Discord, un outil que je n’avais utilisé que pour faire des visios avec mon fils aîné.

J’imagine que certains d’entre-vous connaissent bien le logiciel mais, pour ceux qui ne l’auraient jamais utilisé, je vais décliner ici les fonctionnalités qui me plaisent bien :

  • L’application existe pour smartphone, Windows, Mac et navigateurs web.
  • Elle permet de créer des serveurs subdivisés en discussions, elles mêmes divisées en fils. Il suffit d’un lien pour créer un compte, l’email ou le numéro de téléphone ne sont pas forcément nécessaires.
  • Les discussions peuvent être accessibles qu’à certains groupes de personnes que l’on peut classer par rôles, sortes de ayant droits.

Pour ma part j’ai créé les rôles invité, membre, modérateur, webmaster, conseil d’administration qui me permettent de gérer les droits des visiteurs et des discussions par thématiques, sorties, photos, annonces, aide, matériel, etc et groupes de travail.

Je me suis bien amusé à mettre le serveur en place même si je n’ai pas encore tout compris. Le hic, c’est que personne ne veut jouer avec la maquette. Le groupe communication s’est débiné comme le conseil d’administration de l’association qui pourtant trouvait l’idée intéressante. Du coup j’ai l’impression d’avoir bossé pour rien.

L’Espace d’un An

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Me revoilà avec Becky Chambers et son cycle Les Voyageurs. Une lecture toujours dans le désordre, cette fois avec le premier tome du cycle, mais cela n’a pas vraiment d’importance.

L’Espace d’un An est assez différent de Libration et de La Galaxie vue du Sol. Il s’agit d’un roman de Space Opera.

Nous montons à bord du Voyageur, un vaisseau tunnelier qui creuse des passages entre les mondes. Son équipage inter espèces est des plus atypique surtout avec Lovely, une IA considérée comme une membre à part entière du vaisseau.

Le Voyageur part pour un très long contrat afin d’aller creuser un tunnel dans un espace encore sauvage revendiqué par une espèce extraterrestre belliqueuse. Un long voyage qui est l’occasion de mieux de découvrir son équipage pour le moins hétéroclite.

La mission, qui devait rapporter une belle somme à l’équipage, vire rapidement à la catastrophe, révélant les forces et faiblesses des membres de cette famille étonnante.

Abordage, sauvetage, escale technique pour finir comme cible d’un vaisseau, tout y passe. Mais le livre est aussi l’histoire de Rosemary, une jeune fille au passé obscur qui a quitté Mars pour s’engager à bord du Voyageur. Elle y découvre un capitaine pacifiste amoureux d’une extraterrestre qui travaille pour des militaires, un cuistot dont l’espèce est en voie de disparition, une paire sianat poilus mourants, une aandrisk en manque d’affection, un clone désagréable et une IA qui voudrait devenir humaine. Toute une galaxie enfermée dans un vieux vaisseau rafistolé.

L’écriture bienveillante de Becky Chambers met sans doute plus de temps à transpirer dans ce récit riche en rebondissements. Il faut du temps pour mettre en place le décors, présenter les personnages et leurs interactions mais comme toujours chez Becky Chambers, ce sont les relations humaines ou extraterrestres, comme vous préférez, qui finissent par prendre le pas sur l’action, et c’est pour cela que j’aime ses romans.

L’Espace d’un An éclaire quelques passages obscurs de Libration et offre un magnifique voyage de planètes en planètes à ceux qui aiment comme moi le space opéra. Alors naturellement, je poursuis maintenant mon exploration des Voyageurs avec Archives de l’Exode qui est la suite de Libration.

Observers – The Emerald

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Je vais encore vous parler d’un album instrumental, mais il ne s’agit pas un live cette fois.

Il s’agit de The Emerald du projet australien Observers. Dix morceaux de metal progressif joués et composés par Martin Kennedy avec à ses côtés Chris Bohm et Rich Gray.

The Emerald c’est quarante minutes riches en guitares et synthés qui n’ont pas besoin de chant pour exister.

La musique entre atmosphérique, cinématique et metal progressif se suffit à elle-même. Les cordes des guitares remplacent avantageusement celles d’un chanteur tellement elles sont expressives.

L’album va de la musique de film au metal en passant par des influences world music comme dans le dernier titre ‘The Door’ et vous entendrez même de la flûte dans ‘Forest of Doom’ ou des claviers prog vintages dans ‘Predestination’.

J’ai même entendu quelques similitudes avec Ayreon et Star One, tout particulièrement dans le titre ‘Boreal World’ et son riff bien lourd qui revient tel un refrain à plusieurs moments du morceau.

The Emerald n’a toutefois rien de révolutionnaire et c’est aussi ce qui le rend très agréable à écouter. Les compositions sont majoritairement mélodiques, les guitares coulent de source, les claviers n’agressent pas les oreilles, bref, il s’agit d’un album très confortable.

J’ai beaucoup apprécié le journal gribouillé par Martin au fil des mois sur l’avancement de ses compositions. Il contient des notes, des dessins, les ébauches du projet qui a abouti à l’album final que l’on peut écouter aujourd’hui.

Martin était tout d’abord parti sur une histoire d’anciens astronautes avant de bifurquer vers un trou noir géant, envisageant un moment le thème des lignes de Nasca. Puis il a envisagé les pyramides pour finalement choisir la forêt comme sujet. Un fichier PDF qui fait office de livret pour l’édition numérique et que je vous invite fortement à découvrir.

The Emerald est le genre d’album qu’il est plaisant d’écouter en fond sonore. Il accompagnera à merveille vos lectures ou rythmera agréablement votre travail. Mais rien n’empêche de se plonger dedans au casque de temps en temps.

La photo maudite

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Les groupes de rock ont leur chanson maudite, le tube que tout le monde connaît, l’incontournable d’un concert, mais que les musiciens ne veulent plus jouer. Peter Gabriel a son ’Solsbury Hill’, Eagles son ‘Hotel California’, les Rolling Stones leur ‘Angie’, les Scorpions, le sirupeux ‘Still Loving You’.

Ben en photo c’est la même chose. De temps en temps nous publions un cliché sympa qui soudain fait le buzz, éclipsant complètement les images dont nous sommes vraiment fiers. En discutant avec d’autres photographes, je me suis rendu compte que je n’étais pas un cas isolé, loin de là. Nous aussi, nous avons nos photos maudites.

Une photographie n’est pas juste là pour faire joli. Elle peut raconter quelque chose, être représentative d’un style, d’une manière de penser, d’un instant. Je pense avoir trouvé, après de longues années d’errances et d’échec, un style photographique qui me correspond. Une image noir et blanc où le sujet ressort fortement dans un décors sombre et contrasté.

Bien sûr toutes mes photos n’épousent pas cette charte graphique mais c’est ce que mon instinct me pousse à créer. Evidemment, ce n’est pas du goût de tout le monde, les commentaires vint de trop sombre, trop noir, pas de couleur, trop accentué, déprimant jusqu’à moche. Mais moi j’aime.

Exceptionnellement, quelques une de ces images trouvent leur public. Mais dans mes plus grands succès, il y a principalement des couchers de soleils et des canards (les photo animalières dans le langage de mon épouse toujours impitoyable).

Le public lui plébiscite principalement les ‘jolies’ images de lieux qu’ils connaissent. Jolie signifiant plein de couleurs chatoyantes et des lignes douces pour ne pas heurter le regard.

Lorsque j’étais en Bretagne avec mes deux amis, j’ai fait de nombreuses photos souvenirs genre paysages ou coucher de soleil. Des photos sans grande recherche, juste pour le plaisir d’immortaliser un moment.

Mais comme je ne photographie que les étoiles et les concerts depuis quelques temps, je publie ces photos de vacances sur Flickr faute de mieux. C’est ainsi qu’un coucher de soleil sur la plage de la barre d’Etel a terminé sur mon Flickr. Des vagues, du sable, quelques nuages et un soleil couchant, rien de bien extraordinaire.

Mais voilà, cette photo a matché et a très vite dépassé les cinq mille vues accompagnée de plein de commentaires bienveillants. Le succès de cette image m’agace tellement que j’ai envie de la supprimer de Flickr. Mais bon, étant donné que je n’ai pas tant que ça de photos qui dépassent les vingt favoris (mon seuil de suppression), je vais la conserver probablement un peu.

Ce qui m’a fait nettement plus plaisir, c’est que la photo ci dessous, a été élue photo de la semaine, dans la communauté Flickr Social. Ça ne l’a pas rendue pour autant célèbre, mais ça m’a fait vraiment plaisir, parce que celle là, je l’aime vraiment.

Le mur

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Entre Berlin Est et Berlin Ouest se dressait le mur de la honte, coupant une ville en deux. En une nuit, des familles furent isolées, des couples séparés pendant vingt-huit longues années. Le 9 novembre 1989, le mur est tombé, précipitant le bloc de l’est dans sa chute.

En 2006, les américains commençaient la construction d’un mur entre le Mexique et la Californie et leTexas. Cette frontière artificielle atteignait 727 km en 2021, empêchant les migrants d’entrer aux États-Unis.

Le 18 août 2026, un nouveau mur s’est dressé entre le nord et le sud, entre notre jardin et nos voisins. Un mur de quinze mètres de long et de deux mètres de haut. Le mur du silence et de l’intimité.

Parce que lorsque vous êtes dans votre jardin, vous n’avez pas forcément envie d’admirer vos voisins ventripotents en slip sur leur balcon, de fumer avec eux, d’écouter leur musique et de participer à leurs conversations téléphoniques.

Il aura fallu du temps pour faire aboutir le projet. Nous avions déjà un muret en brique de hauteur variable en assez mauvais état. Alors nous avons commencé par surélever le mur avec une palissade en osier. Ensuite nous avons planté des arbustes et enfin nous nous sommes posés la question de surélever le mur.

Mais voilà, nous habitons à proximité d’un bâtiment classé et du coup nous ne pouvons pas faire ce que nous voulons. Nous avons fait passer cinq entreprises et reçu seulement deux devis allant du simple au double pour les mêmes travaux.

Mais le constat était le même dans tous les cas. Il fallait démolir pour reconstruire. Il a fallu demander une autorisation de travaux et de démolition, un parcours administratif kafkaïen avec en prime les contraintes absurdes des Architectes de France. Notre maison est bleue, le mur doit être beige avec une couvertine débordante en pierre. Bonjour les mélanges.

Enfin, pour réaliser les travaux, il nous fallait l’accord de nos voisins, car le chantier ne pouvait se faire que de chez eux. Demander à ses voisins l’autorisation de les déranger pour ne plus voir leurs trombines, c’est gonflé. Mais finalement, c’est ce qui a été le plus simple à faire.

Contre toute attente, une fois le devis signé et l’acompte versé, tout a été très vite. Après une semaine de travaux, un mur de deux mètres de haut se dressait entre le nord et le sud. Il ne manquait plus que des barbelés et des miradors.

Ce mur me fait un peu honte, il révèle toute l’étendue de mes échecs répétés de cohabitation avec les voisins. Mais j’avoue que cela fait du bien de boire son café sur la terrasse sans être observé et d’entendre un peu moins les bruits du voisinage et de la route.

J’attends donc avec impatience l’invention du champ d’occultation qui isolera totalement notre maison sous une cloche translucide et opaque aux bruits. Mais je crois qu’il faudra que je patiente encore quelques années avant que l’invention ne soit commercialisée.

Alcest – Les Chants de l’Aurore

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J’ai eu l’occasion d’écouter Alcest en live à deux ou trois reprises. La dernière fois, c’était aux Dominicains à Guebwiller pour le festival Spirit in Black.

Alcest est un groupe de post black métal français que je connais mal pour la bonne raison que je n’ai jamais franchement accroché à leur univers musical. Mais comme ils passaient aux Dominicains, je me suis plongé dans leur album Les Chants de l’Aurore sorti il y a deux ans. 

Et j’ai adoré… la pochette.

Les Chants de l’Aurore fait manifestement référence à la culture japonaise et au monde onirique. La musique n’a de black metal que l’étiquette. Et même si un peu de growl pointe son nez, c’est un shoegaze atmosphérique qui domine. Seule la batterie absolument fabuleuse de Winterhalter transmet son énergie aux sept morceaux de l’album. 

Des morceaux de trois à presque neuf minutes pour un album de moins de trois quarts d’heure que je trouve pourtant assez long.

Je n’aime pas beaucoup le timbre du chant clair, au choix je préfère le growl. D’ailleurs en écoutant l’album, j’ai bien été en peine de savoir dans quelle langue étaient chantées les paroles et il a fallu que je cherche sur Internet pour réaliser qu’elles étaient en français.

Pour la musique, sortie de la batterie et de quelques claviers décoratifs, les guitares ne font pas vraiment d’étincelles exception faite de ‘Flamme Jumelle’. Résultat, je manque de stimulations tout au long de l’album.

Il y a pourtant des idées que j’aime beaucoup comme les cris aiguës dans ‘Komorebi’, le growl de ‘L’envol’, le court ‘Réminiscence’ au piano et violoncelle soutenu par des choeurs, le texte en japonais au début de ‘L’Enfant de la Lune’ et le délicat titre final ‘L’Adieu’.

Comme vous pouvez le constater, dans l’ensemble je préfère les formats courts de Alcest aux pièces de huit minutes et quelques. 

Après avoir écouté et réécouté cet album sans parler de les avoir vus en concert, je ne suis toujours pas convaincu par l’univers du groupe même s’il possède une indéniable originalité. Ce concert et cet album furent l’occasion de découvrir un peu mieux ce groupe français.

De là à vous le recommander, c’est une autre histoire. Quoi qu’il en soit, vous pouvez vous faire votre propre opinion en l’écoutant sur Bandcamp.

The Boroughs

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The Boroughs est une série pour moi. J’approche de la retraite alors pourquoi ne pas envisager d’acheter une maison dans une ville du troisième âge où tout est pensé pour que vous finissiez vos jours paisiblement ?

Paisiblement ? Lorsqu’une créature vient sucer ke cerveau pendant votre sommeil ? Sérieusement !

The Boroughs n’est pas forcément une série pour les séniors, encore que tous les acteurs ou presque sont des petits vieux, c’est une série fantastique avec un casting trois étoiles, Alfred Molina et Geena Davis quand même.

Après le décès de son épouse, Sam rejoint à contre coeur The Boroughs et découvre rapidement qu’il s’y passe des choses pour le moins curieuses.

En huit épisodes d’une cinquantaine de minutes, on découvre ces petits vieux qui s’amusent comme des fous et on plonge dans un thriller teinté d’horreur.

La série ne manque pas de piment, les acteurs sont bons, bref on passe un bon moment avec ces petits vieux.

La dernière conférence

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A l’école, j’ai toujours aimé être devant les autres élèves pour présenter des exposés, nettement moins pour résoudre le problème de maths donné en exercice la veille, et dont je n’avais même pas lu l’énoncé.

Je suis relativement à l’aise en public, capable d’improvisation si besoin et en plus j’aime faire le show. J’affirme des âneries avec assurance et j’ai souvent plus de crédit que le spécialiste lorsqu’il s’agit de parler à un journaliste.

Lorsque j’étais pré ado, on me lâchait déjà devant un public pour parler de science, de la naissance de l’univers ou des objets observables dans le ciel. Au travail, j’ai toujours eu des facilités à mener des réunions, assurer des présentations, bref je suis clairement un communiquant même si ce n’est pas ma fonction et que je déteste les communicants.

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas eu l’occasion de me donner en spectacle, sorti des laborieuses réunions de travail. Mais cette année, j’ai été servi. J’ai commencé la saison avec une présentation de l’astro photographie à des élèves de la troisième à la terminale. Et pour des raisons d’organisation, je me suis retrouvé propulsé à l’arrache, parce j’étais certainement au mauvais endroit au mauvais moment, conférencier pour trois autres soirées.

J’ai recyclé et adapté la présentation sur l’astro photo et improvisé une seconde sur l’observation du ciel à l’oeil nu, un domaine que je maîtrise encore moins que la photographie. Le tout, c’était de donner le change avec beaucoup d’assurance.

Des conférences sur l’astronomie, le soir, en montagne, à quarante minutes de toute civilisation, ça n’est pas forcément une bonne idée. Le premier soir, il n’y avait personne sorti des organisateurs.

Pour la seconde conférence, nous étions dix. Pour la troisième, une quinzaine, dont ma femme, un de mes fils et le président de l’association. Autant dire, personne.

La quatrième conférence se déroulait après l’éclipse du soleil, le 12 août à 21h… Sérieusement. Qui allait rester la nuit, à mille mètres d’altitude, écouter un vieillard édenté, radoter sur les techniques d’astro-photographie d’après vous ?

Le 12 août, je suis monté au Champ du Feu pour l’éclipse solaire. De 14h à 17h, j’ai assuré une permanence à notre exposition, et il y avait beaucoup de monde. J’ai installé du matériel pour regarder le soleil et pendant trois heures j’ai parlé sous le cagna pour expliquer l’observation de notre étoile à de nombreux curieux.

A 17h éreinté, je suis allé au parking du Vieux Pré pour installer le matériel avec mon fils. Il y avait foule, des voitures garées n’importe comment, des gens installés dans des zones protégées et nous sur le goudron, à bruler au soleil. Encore…

De 19h à 20h30, j’ai suivi l’éclipse avec mon petit dernier, envoyant bouler poliment les journalistes pour m’occuper du grand public très friand d’explications. Je commençais tout doucement à devenir aphone.

A 20h30, alors que le maximum de l’éclipse venait de se terminer, nous avons tout remballé pour redescendre au chalet du Champ du Feu, un kilomètre plus bas. Mais la route était saturée, les voitures garées n’importe comment gênaient la circulation. Et je devais être en bas pour 21h. Stress !

A 20h55, je garais enfin la voiture au chalet et déchargeais une partie du matériel pour la conférence. C’est toujours mieux d’avoir un support visuel concret pour parler de sujets abstraits. Lorsque je suis rentré dans la salle avec tout mon barda, j’ai découvert avec stupéfaction que les bancs étaient tous occupés par des personnes impatientes qui attendaient le conférencier.

J’étais coincé. Il fallait que je fasse mon speech.

Une heure et demie plus tard, après quelques désertions et beaucoup de questions, la mission étaient accomplie, j’avais donné ma dernière conférence de l’été, et ce devant un public record. Des vocations d’astro-photographes sont probablement nées pendant la conférence et je pense que quelques personnes rejoindront notre association à la rentrée. Je n’ai pas perdu mon temps sans parler du plaisir de partager ma passion avec des gens.

Mais là je vais me reposer après trois jours de festival de métal comme photographe accrédité. Au moins je n’ai pas parlé pas, j’ai hurlé.