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Ddulden’s Last Flight
Grorr - Ddulden’s Last Flight
Titre : Ddulden’s Last Flight
Groupe : Grorr
Sortie : 2021
Label : ViciSolum Productions
Format : CD
Genre : Metal progressif

La chronique note de la chronique
Aucune évaluation

Titres

  • Ddulden Dreams Beyond the Peak
  • Sky High
  • Hit the Ground
  • Sirens Call
  • Ddulden Flies to his Fate
  • Blackened Rain
  • Newborn Whirlwind
  • Last Flight
  • Orang Lao (Bonus Track)

Formation en 2015


Brrr (lointain), wouuuh (faible). Pfiou ! Nous respirons à nouveau …
Le vrombissement sourd du vide qui vibre à nos pieds, le souffle léger du vent qui nous déleste de nos inquiétudes. Quelques secondes passent. Nous fermons les yeux, l’expérience sera bien plus porteuse ainsi. Nous basculons alors dans un rêve aérien, délicat, apaisant, mystérieux, spirituel … en un mot : inhabituel. Les instruments traditionnels asiatiques utilisés pour lancer l’aventure de Ddulden, notre héros du jour, portent tout cela à la fois. L’étonnant visuel renforce logiquement l’atypisme du voyage promis par les palois de Grorr et accentue notre curiosité. Nous devenons Ddulden, planté courageusement au sommet de cette montagne, prêt à s’élancer avec sa machine volante artisanale pour réaliser sa vie et déjà, oui déjà, nous l’aimons, lui qui ose accomplir ses rêves les plus fous, semblant s’être détaché de l’agitation ambiante, des préoccupations les plus imbéciles qui gangrènent notre monde moderne. Notre conscience s’élève avec cet être au nom étrange en quête d’une liberté simple dont la véritable saveur nous échappe. Les chœurs, les chants de gorges flirtant avec la diphonie, les percussions présentes sur cette introduction garantissent le dépaysement. Mais le coup de grâce est porté par ces orchestrations douces, tout simplement belles, se situant quelque part entre la féérie et la contemplation. On songe aux parties les plus sensibles et inoffensives de Miklos Rozca sur des BO d’un autre temps. Deux minutes trente se sont écoulées. Je ne veux pas m’arrêter là, je ne peux pas …

Grorr

Ce qu’il faut bien comprendre et que leur introduction (et la mienne !) ne laisse pas transparaître, c’est que Grorr joue un metal puissant. Certains parleront de djent, de math rock, d’autres de death progressif mais en ce qui me concerne je me contenterai de définir leur musique comme du metal moderne dont l’originalité repose en grande partie sur l’intégration permanente et subtile de sonorités traditionnelles, voire tribales.
Ajoutez à cela une pochette rappelant l’univers de la bande dessinée, un patronyme improbable, des clips (que dis-je, des œuvres d’art) et des textes reposant sur des modes de pensée luddiste et néo-luddiste (le luddisme renvoie à un conflit industriel violent du 19ème siècle opposant les artisans à ceux qui favorisaient l’emploi des machines et peut aussi ici désigner ceux qui critiquent les nouvelles technologies) et vous obtiendrez une recette bien singulière. Grorr ne fait donc rien comme tout le monde et nous les en remercions.
Quatrième album concept du groupe, Ddulden’s Last Flight, nous conte les aventures de Ddulden (ben oui …) dont l’objectif est d’explorer ce qu’il y a au-delà des sommets se dressant devant lui. Basé sur le script d’un film inachevé, cette bande son metal jouit d’un très bon mix rendant honneur à chaque musicien, et au regard du nombre d’instruments utilisés pour bâtir cette œuvre c’est une véritable prouesse ! Le rendu mystérieux de sons (mélodies) asiatiques raffinés et le dynamisme des percussions tribales fusionnent avec l’hypnotisme des parties metal. Les cordes, les chœurs, les bois se glissent, se cachent, s’offrent une place souvent discrète dans les compositions mais libèrent fraîcheur et renforcent la facette cinématographique de l’album. Les titres ont été longuement mûris et travaillés, c’est une évidence.

Avant de prendre le temps de détailler les temps forts de chaque titre, je vous invite à visionner le clip de ‘Orang Lao’ qui est proposé en bonus track sur l’album. Ce morceau riche synthétise assez bien le travail du groupe et vous pourrez en plus constater les qualités vocales de Franck Michel dont le chant se rapproche à la fois de Yann Ligner (Klone), Thomas Englund (Evergrey) et Joe Duplantier (Gojira).



Sur ‘Sky High’, dès l’envol de Ddulden donc, les palois montrent assez rapidement les muscles en proposant un mid tempo costaud entrecoupé d’un pont céleste façon Mostly Autumn. La basse très présente stimule le travail des autres acteurs et le final meshuggien, avec son riff technique passé en boucle, nous rappelle que s’élancer dans le vide avec une fragile machine artisanale dont les ailes semblent être confectionnées avec du papier de chanvre est quand même sacrément flippant !
‘Hit The Ground’ et son intro façon western asiatique (référence à West World ?) se veut beaucoup plus tranquille. L’influence toolienne est assez évidente mais les instruments utilisés (la patte Grorr …) donnent une couleur inédite à la musique. La batterie couplée à des percussions dégage une belle énergie sur ce titre exempt de saturation. Sur la seconde partie (oui c’est du progressif donc il y a des cassures !), le chant et les percussions, encore, rendent compte habilement de l’urgence d’un atterrissage périlleux.
‘Sirens Call’ débute par un riff saccadé qui évoquera pour certains celui de ‘Roll The Fire’ de Conception mais en plus décousu ou recherché, c’est selon. Cette chanson répond à des codes connus (couplet, pré-chorus, chorus) avec un refrain assez lumineux. Les guitaristes font évoluer un riff technique qui sert de véritable colonne vertébrale à cette composition. Une chose est certaine, associer les mélodies vocales à la trame instrumentale a dû demander plusieurs heures de travail.
Une minute quinze de répit avec ‘Ddulden Flies To His Fate’, interlude aérien avant de repartir se délecter de la recette unique des palois. ‘Blackened Rain’ est une démonstration de leur savoir-faire. Quelque part entre Tool, Meshuggah ou un Pain Of Salvation qui se serait trouvé une passion nouvelle pour les musiques traditionnelles du monde entier, Grorr nous éclabousse de son talent. La partie centrale est à couper le souffle : démentielle, trippante ou lorsque des mélodies traditionnelles se marient avec une folie instrumentale à peine contenue. Une expérience unique qui vous emmènera loin. Le reste du titre est à l’avenant et il convient de saluer la performance du batteur au jeu technique inspiré et du chanteur particulièrement mis en avant sur ce titre et qui alterne différents registres, susurré, clair médium ou crié.
Préparez-vous à tendre l’autre joue car la seconde gifle arrive ! ‘Newborn Whirlwind’ maintient cet esprit d’alliance de différentes cultures musicales. Atmosphère énigmatique, oppressante par instant, tourbillonnante et sur laquelle les orchestrations s’offrent une belle place, ce titre vous donnera le sentiment d’atteindre un nouvel état, de vous optimiser dans la rage en rejetant des modèles dépassés. Mais le groupe est maître de sa trajectoire, il nous plonge la tête sous l’eau tout en nous ouvrant les yeux, s’empare de nos pensées …on ne peut lutter.
Un langage rythmique, le Konnakol, et des percussions guerrières tribales nous font entrer en transe dès le début de ‘The Last Flight’. Cette technique de percussion vocale originaire d’Inde nous prépare au déferlement électrique et épileptique qui s’en suivra et s’étirera sur plusieurs minutes. Ce titre est aussi le plus rapide, intense et éprouvant stoppé momentanément en plein milieu par un court break (message quasi rappé façon annonce radio à la Body Count). On songe bien sûr à Messhugah mais nous apprécions aussi et surtout ce dernier vol pour l’aptitude des palois à faire cohabiter gravité et légèreté sur la fin du morceau.

Grorr est une découverte véritablement impressionnante. Les membres de cette formation viennent de me rappeler qu’en musique, il existe une source inépuisable de combinaisons possibles pour composer un album original. Leur connaissance pointue des cultures musicales traditionnelles et leur génie pour mêler ces influences à leur metal puissant et subtil devraient rapidement leur permettre de décoller. Mais là n’est pas le plus important. A l’image de Ddulden, Grorr se fait confiance en allant voir plus loin, en explorant de nouveaux espaces sonores et chanceux seront ceux qui oseront les accompagner dans leur voyage.


Rédigé par Alexandre le 04/05/2021
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