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Interview de Lewis le 08/12/2020
Interview de Lewis pour son premier album Inside qui sortira chez Klonosphere en mars 2021.



Jean-Christophe : Comment vas-tu, comment se passe le confinement pour toi ?

Lewis : Je continue à travailler à mi-temps en psychiatrie. Ça se passe plutôt bien, cela laisse plus de temps pour travailler sur des maquettes.


Lewis

Jean-Christophe : Et pas de live du coup ?

Lewis : Non pas de live. On devait jouer le 18 à Marseille en première partie d’un tribute de Genesis et ça été reporté. La salle ferme jusqu’au 20 janvier.

Jean-Christophe : Tu fais partie du groupe Tense Of Fools, mais en mars tu vas sortir, chez Klonosphere, ton premier album solo. Pourquoi te lances-tu dans une aventure solo ?

Lewis : J’ai des choses à dire et après avoir vécu certains événements, il fallait que tout ça sorte. J’adore mon groupe mais tout ne peut pas être fait dans un groupe si on veut respecter les potentialités et les envies de chacun. Là, c’était comme si j'arrivais avec un bagage que je voulais le développer. Mais je ne pouvais pas le faire avec groupe car nous étions déjà sur autre chose. Il fallait que ça se fasse et j’ai trouvé ce moyen pour le réaliser.

Jean-Christophe : Pour la musique j’ai été étonné, car contrairement à Tense Of Fools qui est plutôt psychédélique, ton album, sans être pas franchement prog, contient des influences comme Pink Floyd, les Beatles, Queen of the Stone Age et des groupes du genre. C’est l'univers musical dans lequel tu as baigné ?


Lewis : Oui j’ai grandi avec ces albums en voiture, j’ai baigné dans cet univers là, Bowie, Genesis…

Jean-Christophe : Par curiosité, quel était le premier concert auquel tu as assisté ?


Lewis : Je pense que c’était Police au Stade Vélodrome. Mais mon meilleur concert sinon, c’est la dernière tournée de Porcupine Tree avec The Incident.

Jean-Christophe : Oui, superbe tournée, et mon album préféré de Porcupine Tree. Ton univers musical est atypique avec des cuivres, des saxophones, pourquoi ces choix ?

Lewis : J’ai pensé à Atom Heart Mother notamment avec cette intro où il y a des cuivres et je suis fan des lives de Snarky Puppy sur Youtube où il y a beaucoup de cuivres, et puis dans le live In Rainbow - From The Basement de Radiohead (2008) on voit les cuivres au fond et je trouve ça superbe. Je trouve que cela apporte une richesse, une texture sonore qui est magnifique. Ces instruments s'inscrivent dans un rapport au temps, et j’essaye d’amener ce rapport dans l’album, de superposer des temporalités différentes.

Jean-Christophe : Pourquoi chantes-tu en anglais ?

Lewis : Je pense que je chante en anglais car ça m’est venu instinctivement, parce que la majorité de la musique que j'écoute c’est de la musique anglaise. Forcément il y a ce mécanisme de reproduction, et quand j'improvise c’est l’anglais qui vient. J’ai essayé de me forcer à chanter en français et je n’y arrive pas du tout.

Jean-Christophe : Tu as un diplôme en psychologie. Est-ce que tes textes reflètent cette deuxième facette de toi-même ?

Lewis : Les textes ne parlent pas forcément de psychologie mais il y a des recoupements, notamment dans la chanson ‘Fox’. ‘Fox’ c’est la part d’ombre de Jung, le psychanalyste, c’est un peu le dialogue avec notre part d’ombre intérieure.

Jean-Christophe : De quoi parles-tu dans l’album ?

Lewis : C’est l’expérience de l’accès à la paternité et sa déconstruction. Je pars de mon expérience et je la transforme de manière assez floue et poétique pour qu’elle puisse aussi être interprétée par chacun à sa manière. Je n’exprime pas clairement les choses que j’ai traversées, j’en fais une espèce de flou dans lequel je délivre quelques éléments pour que l’auditeur puisse s’en saisir, en faire sa propre interprétation et effectuer son propre chemin avec. ‘Time Money and Fear’ est un peu plus explicite, il parle de ce qui peut se passer lorsque l’on devient parent, le temps, l’argent, la peur. ‘Again’, c’est l’éternelle boucle. La seule expression du traumatisme c’est la répétition, à chaque fois ce mot “again, again”, c’est le traumatisme qui se répète. Il y a aussi l’introduction de l'espoir quand même, c’est pour cela que Inside est parsemé d’énergies sombres et d’énergies un peu plus lumineuses. L’album parle des émotions d’une potentielle naissance et ensuite de la déconstruction. C’est pour cela qu’il y a ce jeu d’ombres et de lumières.

Jean-Christophe : Là tu as plombé l'ambiance (rires).


Lewis : Je me suis dit est-ce que j’en parle ? Je vois vraiment l’album comme un processus qui m’a permis de sublimer ce que j’ai vécu par la musique. C’est pour cela que ces textes devaient sortir pour traverser tout cela. Maintenant c’est traversé et je savais que ça devait sortir.

Jean-Christophe : Tu as enregistré cet album avec des musiciens de Tense Of Fools. Tu as composé la musique et vous avez enregistré ensemble. C’était comment les rapports, très différents​ d’un enregistrement avec Tense Of Fools ?


Lewis : Il y a surtout eu l’intervention d’un directeur artistique, Sébastian Caviggia qui est l’ingénieur son chez qui j’ai enregistré et qui m’a fait les batteries et certaines autres parties instrumentales. Je n’ai pas bossé avec tout le groupe pour cet album, le bassiste a fait quasiment la totalité des parties de basse, le guitariste n’a pas participé à l’enregistrement, le batteur non plus, le sax a eu quelques parties mais qui au final sont assez minces, mais le clavier a fait beaucoup de parties. Principalement ce sont les bassiste et clavier qui ont grandement contribué à l’album avec l’ingénieur son. Le reste du groupe a participé mais un peu de loin. C’était aussi parce que c’était compliqué. Les premières prises ont été faites pendant le premier confinement et notre batteur était à Bruxelles.

Jean-Christophe : Et Sébastian t’a proposé des arrangements sur les morceaux ?


Lewis : La majorité des arrangements était faite mais il m’a aiguillé pour changer des détails, la texture sonore, l’ajout de certaines reverbs, certaines parties que l'on a élaborées en studio ensemble comme ces touches électro à la fin de ‘Fox’. Nous avons pris le temps de le faire. J’ai vraiment voulu prendre le temps en studio et pas être face à un forfait journée où on compte le temps. “Seb, on ne compte pas les heures, dis-moi un prix pour l’album total et on y va”. On ne comptait pas le temps, on ne comptait pas les jours.

Jean-Christophe : Puisque l’on parle argent, tu n’as pas fait de crowdfunding que je sache ?

Lewis : Je me suis lancé en produisant à deux, moi et le bassiste. J’avais un peu d’argent de côté à mettre dedans.

Jean-Christophe : C’est le gouvernement qui va être content d’apprendre que tu as dépensé toute ton épargne (rires). Tu signes avec le label Klonosphere et tu vas être distribué par Season of Mist c’est ça ?

Lewis : Oui tout à fait.

Jean-Christophe : L’album Inside est nettement plus accessible que Live At The Church que tu as fait précédemment avec Tense Of Fools. C’est un mélange d’alternatif, de prog, de pop.

Lewis : Oui carrément.

Jean-Christophe : Quelqu’un qui ne vient pas du prog peut y accéder sans problème. Est-ce que c’est un peu la même démarche que notre Steven Wilson qui petit à petit va vers une plus large audience, essayant d’amener du monde à découvrir le rock progressif de manière plus consensuelle ?

Lewis : C’est une bonne question. Je n’ai pas vraiment réfléchi à ça quand les compos sont sorties et je comprends. Par exemple, dans Steven Wilson on sent que dans les derniers albums il y a toujours un nouveau cran qui est franchi. Je ne dirai pas que j’ai une stratégie derrière tout ça, c’est un paysage musical qui est en mouvement. Je suis un grand fan de Wilson, j’apprécie certains de ses mouvements d’intégration de la musique et je m’en inspire. C’est un peu un album pour la famille, où tout le monde peut trouver des choses, des côtés un peu plus prog, des côtés un peu plus pop, plus électro, une musique qui peu plaire aux couples de quarante cinquante ans comme aux adolescents plus touchés par l’électro ou par le psychédélisme. Peut-être que l'émotion contenue dans la musique peut nous conduire à des albums plus prog.

Jean-Christophe : Comment vois-tu​ la suite, après la sortie de l’album en mars ?

Lewis : J’espère tourner au maximum mais je me demande comment cela va se passer avec ce que l’on est en train de vivre, c’est flou, booker des dates maintenant c’est très incertain, on se tient prêt à travers les répétitions à pouvoir tourner. Ce sera joué en live par Tense Of Fools dans une formule différente. On se tient prêt mais on ne sait pas trop pour l’instant.

Jean-Christophe : L’album sortira en édition physique chez Klonosphere ?

Lewis : Oui il sort en vinyle et en CD.

Jean-Christophe : En vinyle, chouette !

Lewis : Oui c’est un bel objet. Notre manière d’écouter la musique a changé et ce que j’entends dire c’est qu’avant on s’achetait un album et on l’écoutait des trentaines de fois, c’était une manière de plonger plus dans la dimension d’un album, dans sa structure, dans sa temporalité. Aujourd’hui en écoutant de manière dispatchée, on écoute peut-être plus mais d’une autre manière.

Jean-Christophe : Oui quand j’étais adolescent j'achetais un album par mois maximum et il tournait en boucle jusqu’à ce que je le connaisse par cœur. Même aujourd’hui avec les disques que j’adore, je ne fais plus cela.

Lewis : J’essaye d’adopter deux modes de fonctionnement. J’écoute du numérique pour sa facilité de découverte et à côté de ça j’écoute des vinyles et surtout beaucoup dans la voiture pour découvrir un album sur de longs trajets.

Jean-Christophe : Merci beaucoup à toi pour cet interview, nous allons prochainement chroniquer Inside que j’ai déjà écouté un peu. On te souhaite un grand succès avec cet album et j’espère que tu vas passer par chez nous pour jouer prochainement.

Lewis : Merci beaucoup Jean-Christophe.

Rédigé par Jean-Christophe le 08/12/2020

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